Parti pour passer le concours de l’ENA après 5 ans à Sciences Po, Valentin Ceze a fait son stage de fin d’études au Haut-Commissariat à l’Economie sociale et solidaire et à l’Innovation sociale (dont le nom est aussi long que le parcours qu’il faut y mener pour accéder à un poste à responsabilités). C’est là qu’il a pris conscience de l’urgence sociale et climatique que nous vivons, et qu’il a décidé de s’engager, maintenant, tout de suite, dans l’Économie Sociale et Solidaire (ESS). Il a trouvé un poste à Linkee, une entreprise qui réduit le gaspillage alimentaire et distribue des repas aux plus précaires.

Retour sur les bancs du lycée, tu passes le bac… C’était quoi ton plan à ce moment-là ?

J’étais intéressé par les questions de société et je pensais présenter le concours de l’ENA, notamment pour devenir préfet. Je suis originaire d’un tout petit village des Hautes-Alpes et les enjeux locaux m’intéressaient et m’intéressent encore toujours beaucoup, donc je trouvais que c’était une belle façon de s’impliquer sur tout un tas de sujets importants.

Peux-tu nous raconter ton parcours d’études ? Etais-tu concerné par la transition pendant ta formation ?

J’ai fait 5 années à Sciences Po, dont une d’échange à l’Université du Texas à Austin, et j’ai pris une année de césure pendant mon master.

J’ai fait un master d’Affaires publiques et ai donc étudié le droit public, l’économie publique, les finances publiques, etc. A côté de ces cours très classiques, j’ai toujours pris des cours optionnels ou des ateliers orientés start-ups car c’était un univers qui m’intéressait également.

La transition écologique et sociale m’a toujours intéressé, mais j’ai véritablement commencé à me documenter sur le sujet en master. En tout cas, je n’ai jamais réellement abordé ce sujet au cours de mes études.

Est-ce que tu as eu d’autres expériences à côté de tes études ?

J’ai fait de nombreux stages (Conseil d’Etat, préfecture, assistant parlementaire, etc.) et me suis engagé dans plusieurs associations étudiantes de mon école, Sciences Po – notamment ScPo TV et WeStart (l’asso promouvant l’entrepreneuriat numérique au sein de l’école).

Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire un travail engagé pour la transition ? Quel a été le déclic dans ton parcours ?

J’ai fait mon stage de fin d’études au sein du Haut-Commissariat à l’Économie sociale et solidaire et à l’Innovation sociale, ce qui m’a permis de découvrir énormément de projets et de structures qui s’engagent de mille et une façons pour changer l’économie et la société.

En parallèle de ce stage, je perdais de plus en plus la motivation à préparer et présenter le concours de l’ENA. Je me suis rendu compte que l’urgence climatique et sociale ne me permettait pas de prendre le temps de passer un concours, de faire deux ans de scolarité supplémentaires, de travailler pendant 5 ou 10 ans dans des administrations classiques avant de peut-être atteindre un poste à responsabilité dans une administration qui intervient sur le champ de la transition. D’autant plus que je suis convaincu qu’intégrer un tel système réduit les ardeurs transformatrices des un.es et des autres, et qu’en tant qu’administrateur j’aurais nécessairement dû rendre des comptes à un.e élu.e politique, pas nécessairement engagé.e dans la lutte contre le dérèglement climatique.

J’ai donc décidé de ne pas passer le concours de l’ENA – que j’avais quand même lentement préparé pendant deux ans en parallèle de mon master – et de trouver un métier dans l’ESS pour avoir une utilité concrète immédiatement.

Comment as-tu trouvé ton job ?

Je l’ai trouvé sur un groupe Facebook d’offres de postes dans l’ESS qui s’appelle « Les offres d’emploi de la transition (DD & ESS)« .

On veut comprendre ce que tu fais ! Peux-tu nous décrire ta journée type de pépite ?

Je coordonne le travail de trois personnes qui s’occupent, respectivement, de la coordination bénévole, des appels à projets et de la communication. En plus de ce travail de gestion d’équipe, je suis chargé des relations institutionnelles ce qui, pour une structure de l’ESS, s’apparente très largement à du business development. Je contacte des collectivités, des ministres, des administrations, etc. pour que Linkee se fasse accompagner financièrement par la puissance publique afin de déployer sa solution solidaire au gaspillage alimentaire.

Quels sont les éléments de ton parcours qui s’avèrent les plus utiles dans ton job actuel ?

Mes stages dans des administrations publiques m’ont permis de m’habituer à une rigueur et une organisation dans mon travail, qui sont nécessaires pour jongler avec les mille projets que l’on a.

Mon stage de fin d’études au Haut-Commissariat à l’ESS m’a par ailleurs permis de rencontrer de nombreuses personnes/structures du paysage de l’ESS. Ce sont autant de contacts importants.

Globalement, mes stages et mes études orientés secteur public/politique m’ont bien formé pour m’adresser aux administrations ou aux élu.es que l’on souhaite voir soutenir nos projets.

Qu’est-ce que tu aimes le plus dans ton travail ?

J’aime clairement l’utilité concrète de mon travail. Je peux suivre au quotidien le volume de denrées alimentaires que l’on sauve du gaspillage et, par conséquent, le nombre de repas que l’on distribue à des personnes précaires.

Petit coup d’œil à la boule de cristal : où te vois-tu dans quelques années, au niveau boulot ?

Peut-être travailler dans une grande ONG environnementale ou sociale, ou alors dans un cabinet d’élu.e, dans une grande ville française

Retour vers le futur ! Tu reviens te murmurer à l’oreille au lycée, qu’est-ce que tu te dis ?

Je me dirais que pour parvenir à un même point il existe d’innombrables chemins ; que pour arriver à ce point il faut avancer un certain temps sur un chemin comme s’il n’en existait qu’un, mais qu’à partir du moment où l’on ne peut plus se convaincre que l’on emprunte le bon, il faut en changer, et être confiant de la même façon que si l’on avait toujours suivi celui-ci.

En somme, que ce que l’on peut percevoir comme un échec ou un renoncement est en fait l’amorce d’une nouvelle opportunité et que le destin n’a de sens que si l’on accepte tout le passé, que nos échecs sont nécessaires pour permettre une suite (je conserve les droits sur cette affreuse phrase pour la balancer sur LinkedIn dans quelques années). Et du même coup je profite de ce bond dans le passé pour me dire de vraiment travailler la philosophie car six années plus tard, je ne peux que sortir des banalités !

Des conseils de lectures / écoutes / outils qui t’ont guidés vers ce premier job ?

Lectures :

Vidéos : quelques interviews de Thinkerview (Servigne, Jancovici, Bihouix…), Partager c’est sympa, etc.

Podcasts : le Green Letter Club et Sur le grill d’Écotable.

Et quelques lectures portant davantage sur l’aspect social de la transition :

Envie de poser d’autres questions à Valentin sur son parcours ? Ecrivez-lui ici !
Vous êtes une pépite et vous souhaitez remplir le formulaire ? RDV ici !