Matthieu Witvoet, crédits photographiques Nicolas Gotz

Aventurier insatiable, Matthieu Witvoet est une pépite qui a toujours plus d’une aventure sur le feu.
Depuis ses études de commerce international jusqu’à son job multi-facettes chez Circul’R, ce passionné de natation a tracé un parcours atypique qui laisse rêveur.

Entre ses récits et anecdotes d’aventures, il livre ses conseils aux futures pépites : “sors de ta zone de confort pour comprendre qui tu es”. Découvrez son parcours, son énergie et ses prochaines aventures inspirantes 🌊
Photo: © Nicolas Gotz

Retour sur les bancs du lycée, tu passes le bac … C’était quoi ton plan à ce moment-là ?

J’avais surtout envie de faire du sport et de ne pas faire comme tout le monde. J’ai été poussé par ma mère à envisager l’étranger et plus particulièrement l’Angleterre, même si je n’étais pas fan de l’idée. J’y allais à reculons en me disant “de toute façon, j’aime pas les anglais et il fait moche là bas” *rires*. Sur ce point, je n’ai pas été déçu : en arrivant à l’Université de Loughborough en plein mois d’août, il pleuvait des cordes à tel point que le bâtiment de business était inondé…

A mon arrivée sur le campus, j’ai découvert des infrastructures sportives incroyables, ça m’a tout de suite parlé. L’université mettait l’accent sur les activités extra-scolaires, le développement des soft skills dans le sport ou en dehors du domaine académique. J’ai bien aimé leur vision. Ensuite j’ai été convaincu en voyant la possibilité de me spécialiser dans mon parcours dès le début avec une année entière dédiée à des stages. A ce moment-là, je me suis dit “allez, go, j’y vais”. Aujourd’hui, je suis très content d’avoir fait ce choix.

Peux-tu nous raconter ton parcours d’études ? Etais-tu concerné par la transition pendant ta formation ?

J’ai fait mon bachelor en International Business à l’Université de Loughborough, en Angleterre. Durant 3 ans j’ai étudié 40% du temps, fait du sport 30% du temps, de l’ESS 20% du temps avec Enactus et je suis sorti sur les 10% restants.

J’ai commencé à me sensibiliser à la transition en intégrant Enactus, mais je n’avais pas une bonne compréhension des problèmes. J’avais simplement compris que je voulais me dédier à ces thématiques-là.

Est-ce que tu as eu d’autres expériences à côté de tes études ?

J’ai travaillé 6 mois en stage chez Unilever au Mexique et 6 mois en RSE chez Quechua. Mon stage de fin d’études m’a aussi beaucoup appris, j’ai travaillé 6 mois en stage chez Ashoka sur des projets d’entrepreneuriat social.

En dehors de mes stages, mon expérience clé a été mon tour du monde à vélo sur les solutions face aux déchets plastiques.

En fin de bachelor, j’avais envie de me lancer dans une aventure qui me passionnait. J’ai commencé à préparer mon tour du monde sur mon temps libre pendant mon dernier stage, puis j’ai passé les 6 mois suivants à préparer l’aventure à temps plein. Je me suis renseigné sur le plastique, j’ai été chercher des partenaires … C’était tout un travail entrepreneurial que je découvrais totalement. J’ai travaillé en binôme avec mon cousin, on est parti de zéro : on a créé le projet, monté une plaquette, présenté l’idée à pas mal de boîtes (dont beaucoup nous ont fermé la porte) pour finalement réussir à lever 40 000€ d’entreprises et 10 000€ en crowdfunding.

On a réussi à convaincre que notre rêve avait un but plus grand que nous et qu’on pouvait le partager.

Finalement ce tour du monde a été tellement formateur que je le considère un peu comme mes 2 années de “master”. Sur le plan personnel, même si ça peut paraître un peu kitsch ou cheesy, j’ai beaucoup appris sur moi-même. A force de faire face aux difficultés on s’habitue à sortir de sa zone de confort et on construit un socle de confiance en soi. Quand tous les jours on ne sait ni où on va dormir, ni où on va manger, on se dépasse et c’est formateur. Ça fait écho à ce besoin de toujours se réinventer qu’on peut retrouver dans le milieu entrepreneurial.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire un travail engagé pour la transition ? Quel a été le déclic dans ton parcours ?

J’ai eu plusieurs déclics mais c’est surtout des rencontres et des films comme Demain qui ont eu leur rôle. La rencontre d’entrepreneurs sociaux avec Ashoka m’a aussi donné de l’espoir et l’envie de me dédier à ces thématiques. Depuis, chaque aventure contribue à ces déclics au quotidien.

Comment as-tu trouvé ton job ?

J’étais à Pondichéry en Inde, 4 ou 5 mois avant de finir mon tour du monde à vélo, et j’ai rencontré Raphaël Masvigner, le cofondateur de Circul’R.

Il avait fait un tour du monde de l’économie circulaire un an auparavant et était en formation de prof de yoga à Pondichéry. On a passé quelques jours à échanger ensemble et ça a été une révélation. Lui avait cet ADN et cette passion du surf, on avait plein d’atomes crochus sur le plan professionnel, ça a été le déclic.

Un peu après mon retour, on a réfléchi à comment on pourrait bosser ensemble. J’ai commencé à travailler sur quelques missions avec Circul’R avant de les rejoindre à plein temps.

On veut comprendre ce que tu fais ! Peux-tu nous décrire ta journée type de pépite ?

Mon job consiste à connecter des startups et grands groupes pour qu’ils créent ensemble des projets qui accélèrent la transition vers une économie circulaire. Mes missions changent énormément au fur et à mesure, je fuis la routine le plus possible, mais avec le confinement c’était particulier.

Ma journée type confiné c’est une lasagne :

  • 7h-8h30 : Natation / course à pied
  • 9h : Visuels présentations
  • 11h : Conférence / calls
  • 13h : Dej en équipe
  • 14h : Réponse aux emails
  • 16h : Calls réseau
  • 18h : Préparation d’aventures
  • 19h : Bain froid
  • 23h : Dodo

L’essentiel dans mon rythme c’est d’avoir cette liberté et cette autonomie d’organiser mon temps comme je l’entends. Le sport a une place prépondérante dans mon quotidien, si je veux aller nager tout le jeudi après-midi je peux. Chez Circul’R l’autonomie a sa place, chez nous on parle de “grouponomie”, chacun s’organise pour faire en sorte que le groupe avance.

Sur le plan personnel, j’accorde énormément d’importance au fait d’apprendre quelque chose de neuf chaque jour. J’essaie de faire un truc productif ou d’apprendre quelque chose le matin entre 7 et 9h. Tout se joue sur ces deux heures, à 9h je sais déjà si ma journée est réussie ou non.

Quels sont les éléments de ton parcours qui s’avèrent les plus utiles dans ton job actuel ?

Je dirais la prise d’initiative (ou l’envie d’entreprendre et de créer), le réseau (que j’ai développé depuis Ashoka), l’expertise (surtout sur les plastiques à travers le monde) et le storytelling (j’aime raconter des histoires).

Pour en revenir à mon tour du monde, il y a trois points qui me semblent importants :

  1. Peu importe le problème, il y a probablement quelqu’un qui a une solution quelque part.

J’ai appris un réflexe clé : commencer par aller voir ce qui se fait de bien ailleurs. Ça m’aide aujourd’hui dans mon boulot, dans mon quotidien. C’est ce que je fais avant chaque aventure et c’est ce qui m’inspire le plus.

  1. Expérimenter et sortir de sa zone de confort

Simplement ça m’a permis de construire un socle de confiance et d’apprentissages très fort sur plein de sujets qui m’intéressent (gestion de partenariats, création d’une communauté). J’en sors aussi avec des compétences sociales (ou des soft skills) décuplées.

  1. Lire et apprendre à apprendre

J’ai pu pas mal lire pendant mon voyage, j’ai dû lire une trentaine de livres en un an et avec 7 heures de vélo par jour j’avais le temps d’y réfléchir. Ça m’a permis d’apprendre à apprendre. Aujourd’hui, chaque fois que je lis un livre, j’en fais une mindmap pour mieux retenir et pouvoir en parler.

Qu’est-ce que tu aimes le plus dans ton travail ? Au contraire, qu’est-ce que tu aimes moins, ou qui est plus difficile ?

J’adore l’équipe avec qui je travaille. J’ai beaucoup de chance d’avoir une équipe soudée avec qui je m’entends super bien et avec qui je partage énormément. On est vraiment tous sur une même longueur d’ondes en termes de valeurs, de bienveillance, d’exploration, de confiance en chacun… Cette ambiance là me donne la pêche et me donne envie d’aller bosser tous les jours. On a tous la question du sens en tête, on se la pose chaque jour et c’est ce qui motive, avoir un impact au quotidien.

J’aime énormément la possibilité d’aller chercher les projets, les missions qui me font vibrer et de construire mon job chaque jour. Le plus c’est de recevoir les réponses de tous ceux qui te remercient pour ce que tu fais, c’est gratifiant.

Enfin, le fait d’interagir avec autant de monde dans mon travail me donne l’opportunité d’apprendre tous les jours, que ce soit dans des hard ou des soft skills, c’est une vraie richesse.

Parfois, si ça fait longtemps que je bosse sur un même rapport, ça finit par me lasser; j’ai souvent besoin de nouveaux challenges. J’essaie de changer ma routine le plus possible. Par exemple, je n’aime pas faire deux fois la même conférence, pour moi c’est très difficile. Dès qu’il faut regarder les chiffres, les petits détails des rapports, ça me parle beaucoup moins. J’aime pas du tout cette partie là. J’aime encore moins écrire des rapports et corriger mes fautes d’orthographe.

Petit coup d’œil à la boule de cristal : où te vois-tu dans quelques années, au niveau boulot ?

Dans la boule de cristal, je me vois ou dans un mazot de montagne avec mon chien Billy à préparer de nouvelles aventures, ou en train de donner des cours pour inspirer d’autres à agir ou à coacher une équipe qui assure niveau impact !

Retour vers le futur ! Tu reviens te murmurer à l’oreille au lycée, qu’est-ce que tu te dis ?

En une phrase, je dirais “Coucou Mat ! Va au bout de tes idées, crée ton réseau dès aujourd’hui, forme toi aux sujets qui t’intéressent sur ton temps libre”.

Ne fais pas comme les autres et écoute toi vraiment. Sors de ta zone de confort, va te mesurer à des challenges (sur les plans physique, psychologique, intellectuel) pour comprendre qui tu es. C’est en te connaissant mieux que tu sauras ce que tu veux faire.

Lis et prends des notes sur tes lectures pour ne pas oublier, sinon tu seras obligé de les relire.

Le réseau c’est une vraie force, plus tu le développes plus tu développes des opportunités. La chance ça n’arrive pas par hasard, tu peux jouer sur les paramètres qui te l’amènent.

Apprends à te connaître pour savoir comment tu aimes apprendre.

Des conseils de lectures / écoutes / outils qui t’ont guidé vers ce premier job ?

Let my people go surfing, ça a été une de mes lectures “déclic”.

Ensuite j’aime beaucoup le Podcast Thinkerview de Marc Luyckx, l’esprit chevaleresque de Patrice Franceschi dans « Avant la dernière ligne droite », l’humilité des alpinistes comme Stéphanie Bodet, la vision de Jimmy Wales, le storytelling d’Ellen MacArthur, la plume de Kessel et la pédagogie de Bernard Weber.

Ce petit cocktail de lectures et d’échanges m’a guidé en grande partie vers mes choix aujourd’hui.

Quelles sont tes prochaines aventures ?

J’ai toujours besoin d’un cap pour avancer et regarder de l’avant. Je prépare deux aventures pour l’année prochaine : la descente de la Seine à la nage pour sensibiliser à la pollution due aux mégots de cigarette pour mai 2021, et en novembre 2021 la traversée du lac Titicaca à la nage. C’est un projet extraordinaire et plein de défis.

Je vais combiner tout ça avec Circul’R. Pour préparer ces aventures, je travaille à 80% en ce moment, cette flexibilité est très précieuse pour moi. Mon job évolue et s’orchestre avec mes aventures sportives, c’est un équilibre qui m’apporte et qui apporte aussi à Circul’R. C’est avec cet équilibre que j’ai combiné à la fois les pieds sur terre et ce côté aventurier.

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