Aujourd’hui, rencontre avec Mathilde Bossut, qui travaille au sein de la “Frankfort School – UNEP Collaborating Centre for Climate finance”. Cette Pépite intervient auprès des banques et des grands acteurs de la finance, pour les accompagner dans leur transition vers un business modèle compatible avec les enjeux climatiques.

Retour sur les bancs du lycée, tu passes le bac… C’était quoi ton plan à ce moment-là ?

Je suis fascinée par l’économie, mais l’écologie, c’était déjà très important pour moi à cette époque. Je pensais vouloir travailler dans le financement de la recherche scientifique.

Peux-tu nous raconter ton parcours d’études ? Etais-tu concernée par la transition pendant ta formation ?

Au lycée, j’ai fait un bac ES avec filière européenne allemande. J’ai passé le concours commun des Instituts d’Etudes Politiques en terminale, et j’ai intégré Sciences Po Strasbourg. Quant au Master, je me suis spécialisée dans la filière Economie et Finance de mon IEP.

Durant mon parcours, je me sentais concernée par la transition, et ça soulève d’ailleurs un gros problème : à Sciences Po Strasbourg, le cours le plus écolo qu’on ait eu, c’était « Histoire de l’écologie aux Etats-Unis au XXème siècle »…

Alors, je me suis formée de mon côté, j’ai fait tous mes exposés sur ce sujet, et au cours de ma 3ème année je suis partie en échange universitaire en Chine, à la Beijing Normal University, pour découvrir ce que je pensais être “L’ennemi des écolos et le potentiel sauveur dans la baisse des émissions carbones mondiale ».

Est-ce que tu as eu d’autres expériences à côté de tes études ?

J’ai effectué un stage dans les obligations vertes à Londres, un autre à la Banque Centrale allemande à Francfort, toujours sur la régulation financière pour l’intégration de la problématique environnementale.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire un travail engagé pour la transition ? Quel a été le déclic dans ton parcours ?

Le déclic, ça a surtout été : choisir de travailler avec ceux que je considérais comme « les ennemis de l’écologie » (a.k.a. les marchés financiers), alors que ces mêmes marchés financiers ont un rôle crucial à jouer dans la transition écologique.

Comment as-tu trouvé ton job ?

J’ai eu beaucoup de mal à postuler via les offres de stage en ligne. Par contre, j’ai rencontré des personnes travaillant dans ce domaine lors de conférences.

On veut comprendre ce que tu fais ! Peux-tu nous décrire ta journée type de pépite ?

Ma journée type c’est beaucoup de recherche et beaucoup d’appels.

On travaille avec beaucoup de banques européennes, comme BNP Paribas, HSBC, Commerzbank, afin de comprendre quelles sont leurs priorités et comment fonctionnent leurs modèles d’investissement, d’évaluation des risques. Ça nous permet de les conseiller sur l’intégration de la problématique environnementale.

La problématique environnementale pour les marchés financiers est double :

  • D’une part, les actifs des institutions financières sont exposés aux risques climatiques.

Par exemple : si je suis BNP Paribas, que 30% de mon portefeuille énergétique est investi dans Total, et que la France considère que son mix énergétique ne devrait pas comprendre le pétrole, mes investissements risquent de perdre en valeur.

  • D’un autre côté, en tant que banque, j’ai une responsabilité écologique. Tant que moi et mes paires nous acceptons de financer les entreprises pétrolières, il y aura du pétrole.

Je vous en ai fait une description simplifiée, mais je trouve ce métier particulièrement intéressant.

On travaille aussi avec des autorités publiques, pour la formation de lois et de projets, afin d’intégrer les problématiques environnementales dans la législation.

Au Brésil par exemple, on travaille avec la Banque Centrale, pour faire en sorte qu’elle exige des banques commerciales de publier les informations liées à l’impact environnemental des actifs qu’elles financent, et d’estimer comment le changement climatique peut menacer leurs activités.

Mathilde Bossut
Quels sont les éléments de ton parcours qui s’avèrent les plus utiles dans ton job actuel ?

La pluridisciplinarité : mon travail demande une bonne compréhension à la fois du système bancaire, de sa régulation, des processus politiques et législatifs, des produits financiers et des sciences environnementales (par exemple pour établir des scénarios environnementaux ou des standards).

Qu’est-ce que tu aimes le plus dans ton travail ? Au contraire, qu’est-ce que tu aimes moins, ou qui est plus difficile ?
  • Le plus : Je ne pensais pas que si peu de temps après la fin de mes études, je pourrais avoir un impact aussi important sur la lutte contre le réchauffement climatique.
  • Le moins : On travaille avec beaucoup de banques différentes, il arrive donc qu’on ait des conversations avec des banques qui souhaitent juste faire du greenwashing. Mais ce n’est pas tout le temps le cas, heureusement !
Petit coup d’œil à la boule de cristal : où te vois-tu dans quelques années, au niveau boulot ?

Le principe de la finance durable a émergé en 2015 et s’est seulement intensifié au cours des 2 dernières années, difficile de savoir où ça me mènera. Certainement dans la division « stratégie » d’une banque, ou dans une institution internationale, toujours sur cette problématique. Je parie sur la seconde.

Retour vers le futur ! Tu reviens te murmurer à l’oreille au lycée, qu’est-ce que tu te dis ?

Peut-être un conseil pour plus tard : le pouvoir de l’effet cumulé et des petits actes. Ne pas sous-estimer l’effet que tu peux avoir sur tes proches et leurs habitudes par rapport à l’environnement. De même, l’optimisme et la motivation fonctionnent bien mieux que la culpabilisation.

Des conseils de lectures / écoutes / outils qui t’ont guidée vers ce premier job ?

Explained – World’s Water Crisis, petit documentaire qui a renforcé ma conviction : la régulation économique et financière est un aspect crucial de la lutte contre le réchauffement climatique.

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