Depuis toujours sensibilisée à la cause sociale, Marion a pris conscience grâce à l’un de ses cours, que les luttes sociales et environnementales étaient étroitement liées. Elle a décidé de rejoindre la startup Impak Finance en tant qu’analyste d’impact, un job stimulant  et en phase avec ses valeurs, une manière pour elle de participer à la transformation de notre société, à son échelle.

Retour sur les bancs du lycée, tu passes le bac… C’était quoi ton plan à ce moment-là ?

A l’époque du lycée, je voulais faire du droit et devenir avocate. Mais j’ai vite déchanté…

Peux-tu nous raconter ton parcours d’études ? Etais-tu concerné par la transition pendant ta formation ?

J’ai fait mes études à Sciences Po Paris, où j’ai commencé mon parcours d’abord généraliste, puis je me suis spécialisée avec un Master en politique environnementale. J’ai toujours été plus sensible à la cause sociale, les injustices, les discriminations. La cause environnementale est arrivée après, quand j’ai réalisé que les deux étaient liées. Après mon master, je ne savais pas trop quoi faire, donc je me suis envolée pour Montréal pour faire un D.E.S.S en gestion et développement durable. Et j’ai bien fait de partir parce que c’est là que j’ai trouvé ma job (comme on dit en québécois).

Est-ce que tu as eu d’autres expériences à côté de tes études ?

Oui, j’ai fait du soutien scolaire en bénévolat et j’ai aussi accompagné des jeunes à se présenter aux grandes écoles, pour perpétuer l’héritage de Richard Descoings : l’enjeu était de travailler sur l’autocensure, montrer qu’on a tous et toutes le potentiel pour atteindre nos objectifs, qu’il faut arrêter de juger les élèves sur leurs seuls résultats scolaires.

J’ai eu la chance de faire un stage à Washington DC dans un think tank allemand en tant que recherchiste et c’était incroyable. Grâce à ce stage, j’ai écrit un article sur la transition écologique allemande et sa comparaison avec la France, qui a été publié sur le site de la fondation Heinrich Boell.

Ensuite j’ai enchaîné les stages et notamment à la mairie de Paris au sein de la direction générale des affaires internationales (DGRI) où j’ai participé à l’organisation du sommet des élus locaux pour le climat en marge de la COP21. Ce sommet était riche en apprentissages, plus d’un millier de maires et de dirigeants locaux se sont réunis pour faire entendre leurs voix.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire un travail engagé pour la transition ? Quel a été le déclic dans ton parcours ?

Le déclic ? Un cours sur l’environnement en troisième année aux États-Unis. Un professeur nous a montré le reportage Food Inc et je me suis pris une claque. Le reportage décortique les rouages d’une industrie qui altère chaque jour notre environnement et notre santé et le décalage des discours des entreprises avec la réalité: conditions d’élevage et d’abattage du bétail désastreuses, collusion entre les industriels et les institutions de régulation, absence de scrupules environnementaux, scandales sanitaires. C’était en 2012 mais j’en ai encore les frissons. Je suis sortie de ce cours avec l’intime conviction qu’on avait tous la solution en nous, qu’on devait jouer un rôle et que chaque petit pas pouvait servir la cause.

On veut comprendre ce que tu fais ! Peux-tu nous décrire ta journée type de pépite ?

Pour comprendre ce que je fais, il faut d’abord comprendre ce qu’est l’impact : un impact est le résultat d’un changement mesurable dans la vie d’un bénéficiaire qui dure dans le temps.

Alors analyste d’impact c’est la rencontre entre l’analyste extra financière, le détective et Élise Lucet. Un mélange détonnant et motivant ! Analyser l’impact c’est évaluer la contribution positive et négative des entreprises sur la société et la planète. C’est décortiquer minutieusement leurs actions et leurs objectifs, et voir si elles contribuent de manière positive à l’atteinte des ODD (objectifs de développement durable). On fait beaucoup de recherches pour dépasser le green / social / ODD / impact washing. Il faut savoir lire entre les lignes des rapports des entreprises. Je travaille dans une start-up donc tout est encore à construire et c’est ce qui est super excitant. On est une entreprise horizontale et on compte beaucoup sur l’intelligence collective. On participe à l’élaboration de projets, on discute avec les clients, on fait beaucoup de travail de pédagogie.

Quels sont les éléments de ton parcours qui s’avèrent les plus utiles dans ton job actuel ?

D’abord, je pense qu’avoir un parcours estudiantin généraliste est une plus value, car cela permet de toucher à tous les sujets autant environnementaux que sociaux. Pour faire de la mesure d’impact, il faut comprendre les enjeux dans différents contextes, à différentes échelles.

Mais ce sont également mes valeurs et mes croyances personnelles qui me sont particulièrement utiles dans mon travail.

C’est un peu trivial, mais le fait d’avoir travaillé en parallèle de mes études m’a permis de me dépasser et le dépassement de soi est une compétence essentielle, encore plus dans une start-up : il n’y a pas de limite, chacun peut contribuer à la réussite (ou à l’échec) d’un projet. Voir directement les résultats des actions prises est un moteur pour se dépasser.

Pour travailler dans une start-up, il faut aussi beaucoup de créativité et de curiosité, puisque tout est à construire, tout est à imaginer et je remercie ma passion dévorante pour la pâtisserie qui me permet de penser “outside of the box”.

Enfin, j’ai un peu grandi avec l’idée qu’on peut tous et toutes rendre le monde meilleur, que chaque geste compte et on m’a aussi inculqué que tout est éphémère ; que le monde est mouvement et que nous produisons une partie de ces mouvements. Rien n’est figé, aucun échec n’est définitif. Je pense que c’est crucial d’avoir ça en tête aujourd’hui, parce qu’en voulant avoir un impact positif et utiliser « notre métier comme levier d’action pour la transition écologique » on peut facilement se décourager et remettre ça en question.

Qu’est-ce que tu aimes le plus dans ton travail ? Au contraire, qu’est-ce que tu aimes moins, ou qui est plus difficile ?

Ce que j’aime le plus :analyser, décortiquer, participer à un projet collectif, pouvoir aider les investisseurs, les consommateurs, les épargnants, à faire des choix éclairés grâce à la mesure d’impact. C’est montrer que ce n’est pas parce qu’une entreprise annonce de nombreuses mesures que c’est forcément positif, et c’est même parfois insuffisant.

J’aime aussi montrer les limites de l’analyse ESG, qui regarde seulement les impacts négatifs.

J’ai aussi de la chance d’avoir des collègues inspirants et motivants.

Le travail en start-up est incroyable c’est un boost au quotidien, de se sentir utile et de pouvoir réellement contribuer à des projets. C’est une véritable aventure humaine qui donne un peu le tournis parfois mais tellement riche.

Ce que j’aime le moins : mon travail peut être parfois “déprimant”. Si les entreprises ont adopté les Objectifs de développement durable dans leur communication, il y a encore un fossé entre leurs intentions et leur capacité à les intégrer dans une véritable stratégie commerciale.

A dix ans de l’échéance, le chemin est encore long et on recule même sur certains objectifs cruciaux comme la perte de biodiversité ou encore la montée des inégalités.

Petit coup d’œil à la boule de cristal : où te vois-tu dans quelques années, au niveau boulot ?

Bonne question ! Pourquoi pas créer mon entreprise d’impact pour, à mon tour, contribuer positivement à la transformation de la société et la protection de la planète à mon échelle.

Retour vers le futur ! Tu reviens te murmurer à l’oreille au lycée, qu’est-ce que tu te dis ?

Suis ton intuition, ne te laisse pas guider par ta conseillère d’orientation et par ce que la société attend de toi. Personne ne doit t’imposer ou te coller une étiquette. Fais ce que tu aimes faire et qui te donne envie de te lever le matin. Ne fais pas les choses par pure(s) convention(s) sociale(s).

« Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder ils s’habitueront » : c’est mon mantra, ce que je me répète tous les jours !

Des conseils de lectures / écoutes / outils qui t’ont guidée vers ce premier job ?

Quelques conseils lecture : Les vertus de l’échec de Charles Pépin, There Is No Planet B: A Handbook for the Make or Break Years de Mike Berners-Lee, This Changes Everything: Capitalism vs. the Climate de Naomi Klein, Pour éviter le chaos climatique et financier de Jean Jouzel et Pierre Larrouturou et pour finir un classique, Les raisins de colère de John Steinbeck

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