Avec cette nouvelle série d’articles, on donne la parole aux membres du Club des Pépites pour qu’ils partagent leurs conseils et leurs perspectives sur l’orientation.

Mot d’ordre: rien n’est figé, la route est parfois longue et tumultueuse, mais on est ensemble.

Cette semaine Marie, nous raconte comment elle a fini par trouver sa voie en dernière année d’études. Pour elle, le parcours généraliste de Sciences Po était idéal car il lui a donné le temps de se trouver. Elle est aujourd’hui chargée de mission RSE dans le groupe Y.

Cet entretien a été réalisé par une Pépite membre du Club, Anita de Haro.

Salut Marie ! Tu en étais où toi, dans ta vie, à l’ouverture de Parcoursup?

J’étais plutôt une très bonne élève en matière de résultats scolaires mais dissipée et dispersée en classe. Malgré ça, certains de mes professeurs, et surtout mon prof d’économie, m’ont poussée vers des filières comme les prépas ou grandes écoles. Je ne venais pas d’un milieu où on avait déjà eu ce genre de parcours, mais mes parents ont été très à l’écoute de mes profs et m’ont toujours soutenue dans cette voie.

On m’a donc parlé de Sciences Po, qui était une filière généraliste et qui semblait me convenir car j’étais un peu perdue et je ne savais pas encore précisément ce que je voulais faire plus tard. Donc je me suis accrochée, et en plus de mes cours au lycée, j’allais tous les samedis suivre des cours supplémentaires qui préparaient au concours d’entrée. Dans ces cours là, le niveau des autres élèves était si élevé que je me suis retrouvée pour la première fois en difficulté. Je pensais ne jamais pouvoir intégrer Sciences Po et j’ai commencé à me concentrer sur mes choix APB.

Je n’avais vraiment pas réellement de vision précise de mon futur mais j’adorais le français et la littérature, donc malgré ma filière Economique et Sociale, je me suis tournée vers des prépas littéraires. A ce moment-là, j’avais plutôt choisi une filière avec des matières qui me plaisaient sans vraiment réaliser à quels métiers et milieux professionnels cela me donnerait accès. Avec du recul, je pense que c’est plus important d’avoir une vision à plus long terme de son parcours et c’est ce que je conseillerais aux jeunes qui s’orientent, penser débouchés plutôt que matières scolaires.

J’ai donc sélectionné six prépas A/L (lettres classiques) sur APB et en parallèle, j’ai continué à suivre la procédure du dossier d’admission pour Sciences Po Paris. A la sortie du concours écrit, j’avais l’impression d’avoir tout donné et j’avais plutôt un bon pressentiment, même si je ne voulais pas m’emballer. Au printemps, j’apprends que j’ai réussi le concours écrit et que je suis admise pour passer l’oral de Sciences Po, la dernière étape d’admission. A ce moment-là, j’étais déjà tellement fière et heureuse d’avoir pu réussir une telle épreuve que c’était tout ce qui comptait, même si je n’étais pas prise. Et finalement, juste avant le bac, suite à mon oral j’ai été définitivement admise à Sciences Po, et en parallèle sur APB j’avais obtenu mon deuxième vœu qui était la prépa AL de Lakanal à Sceaux.

Tu as fait quelle formation? C’était ton premier choix?

J’ai préféré intégrer Sciences Po, c’était la meilleure option pour moi et mes aspirations encore floues. Je me sens extrêmement chanceuse d’avoir été autant entourée et conseillée à cette époque !

A Sciences Po, le parcours scolaire est pratiquement le même pour tout le monde et se compose d’une licence en sciences sociales en trois ans et d’une spécialisation en master ensuite. Au cours de la licence tout le monde suit des cours fondamentaux d’économie, de sociologie, d’institutions politiques, de mathématiques, avec des cours d’art oratoire qui m’ont beaucoup servis pour la suite. On doit se spécialiser au cours de la deuxième année et en troisième année, tout le monde part en échange universitaire ou en stage à l’étranger. Je me suis donc spécialisée en économie au cours de ma deuxième année et j’ai choisi de partir étudier à Tokyo en troisième année.

C’est là que j’ai découvert et que je suis tombée amoureuse de l’économie environnementale et des problématiques de développement durable. J’ai rencontré une professeur canadienne au Japon, Anne McDonald, qui était chercheuse en environnement et très compétente sur les sujets de PSE notamment (Paiements pour Service Écosystémiques), qui consistent en la rémunération d’acteurs qui préservent l’environnement, par des entreprises qui souhaitent préserver leurs intérêts économiques, menacés par la destruction de cet environnement. Vittel dans les Vosges est un bon exemple si ce sujet vous intéresse !

En rentrant à Paris pour mon master, j’ai ainsi décidé de me spécialiser dans le master Environnemental Policy, qui fait partie du département des affaires internationales de Sciences Po. C’est un master en deux ans avec des enseignements divisés en trois piliers : la politique environnementale, l’économie environnementale et la science environnementale. Il est possible de demander à réaliser une année de césure à Sciences Po pour faire des stages et professionnaliser son parcours, ce que j’ai fait entre ma première et deuxième année de master.

J’ai pu effectuer deux stages, un premier chez WWF France et un second au sein de la Fondation Carrefour. Travailler dans une ONG internationale à cette époque, c’était mon rêve absolu ! Et j’ai eu beaucoup de chance de pouvoir intégrer le WWF dont les actions me passionnaient. Et puis finalement, avec l’expérience du terrain, je me suis sentie peut-être plus utile et plus épanouie chez Carrefour car une ONG environnementale, c’est beaucoup de mauvaises nouvelles à affronter tous les jours en matière de destruction de l’environnement, c’est du travail théorique avec la production d’études, de rapports et de campagne d’informations de la population. En entreprise c’est plutôt dynamique finalement, avec beaucoup de travail sur le terrain, des projets plus petits et à notre échelle mais qui ont un impact mesurable quand ils aboutissent ! C’est là que je me suis dit : travailler pour une entreprise et l’environnement c’est peut-être possible, si son activité est nécessaire et compatible avec la transition écologique. On ne pourra pas réussir sans les entreprises et on a besoin de les transformer. Je me suis donc spécialisée dans le domaine de l’agroalimentaire qui est essentiel, du producteur à la distribution !

En revenant à l’école pour ma deuxième année de master, j’ai donc décidé d’écrire une thèse de master sur les pratiques environnementales des distributeurs alimentaires en France, en lien avec mes stages et ce que j’avais pu découvrir. Et ça y est, j’avais trouvé ma voie ! En dernière année d’études, donc ne soyez pas pressés !

C’est quoi le cours que tu as préféré lors de ta formation ? Que tu as moins aimé ?

C’est difficile de choisir parmi tous les supers cours que j’ai pu suivre mais celui qui m’a peut-être le plus marqué était un cours sur la protection de la biodiversité grâce aux outils économiques, animé par Yann Laurans (à l’époque chercheur à l’IDDRI et aujourd’hui Directeur de la conservation du WWF France). C’était à la fois un cours théorique et pratique sur comment réussir à valoriser la protection de la biodiversité dans nos économies actuelles, et surtout de questionnement, est-il réellement possible de préserver la nature avec des outils économiques ? Je n’ai toujours pas la réponse à cette question, mais en tout cas aujourd’hui sans outils économiques, les incitations de protection de la nature ne fonctionnent pas.

Pour le côté négatif, je ne ciblerai pas de cours en particulier mais plutôt une tendance générale à Sciences Po, c’est que bien qu’ils étaient très intéressants, les cours étaient souvent très théoriques et très abstraits. Je pense qu’en master j’étais à la recherche d’outils pratiques à pouvoir déployer dans mes expériences pro, ce qui me manquait à Sciences Po, qui est plus une école de réflexion que d’action.

C’est quoi ton métier aujourd’hui ? Quelles compétences tu utilises ?

Aujourd’hui, je suis Chargée de Mission RSE au sein d’un cabinet de conseil basé dans l’Ouest de la France, qui s’appelle le Groupe Y. En bref, mon métier c’est d’accompagner les entreprises dans la construction de leur stratégie environnementale et/ou RSE et de vérifier que les éléments qu’elles communiquent sur ce sujet, soient sincères et en conformité avec la réglementation française. Je fais ainsi du conseil environnemental : j’interviens en amont de la création des stratégies des entreprises dans ce domaine pour les aider à se structurer. Je fais également de l’audit. J’effectue des vérifications en aval de conformité et de sincérité des informations RSE communiquées au sein des entreprises soumises à l’obligation de les publier, ainsi qu’auprès des entreprises à mission. Ces deux métiers, conseil et audit, sont très différents et complémentaires. Il y a une réflexion plus stratégique dans la partie conseil et des missions de terrain palpitantes dans la partie audit.

J’ai choisi ce cabinet, car il me permettait d’allier une vie proche de la nature sur la côte ouest avec un travail intéressant. Et surtout, contrairement aux grands cabinets, le Groupe Y tente de s’appliquer à lui-même les recommandations qu’il fournit à ses clients, notamment en adoptant le statut d’entreprise à mission (entreprise à mission).

Il y a par contre un aspect commercial un peu compliqué à gérer pour moi dans l’audit : il faut vendre nos prestations pour toujours renouveler nos contrats. C’est-à-dire que les entreprises doivent nous rémunérer pour venir vérifier leurs informations environnementales et sociales. Ni les entreprises, ni les cabinets d’audit ne sont responsables de cette dimension contractuelle, c’est le système de contrôle réglementaire français qui veut ça. Mais parfois, les missions de contrôle pourraient être plus efficaces si elles n’étaient pas planifiées dans les contrats qui nous lient avec les entreprises. J’espère qu’un jour, les contrôles deviendront plus aléatoires et coordonnés avec la puissance publique, pour éviter des manquements comme avec l’entreprise Orpéa récemment, qui avait pu dissimuler ses méthodes de fonctionnements contestables.

Concernant les compétences apprises à l’école que j’utilise aujourd’hui, ce sont surtout ma capacité à apprendre, à réfléchir et à questionner ce qui m’entoure qui m’ont été utiles. L’école et les études sont surtout là pour ça, pour nous apprendre à réfléchir et faire face aux questionnements que nous rencontrerons plus tard. Les compétences techniques elles, s’apprennent surtout en travaillant, car on ne sait faire un métier qu’en pratiquant ! Mes compétences techniques en RSE, je les ai acquises plutôt de manière autodidacte et au fil de mes expériences professionnelles. Je me suis achetée des livres quand je ne comprenais pas, j’ai bossé et j’ai progressé. Donc ayez confiance en vous, et vous pourrez vous en sortir dans presque tout métier.

Quelle est ta dernière grande réussite au travail, quelque chose que tu as accompli et qui t’as rendue fière ?

C’est difficile d’avoir déjà de « grandes réussites professionnelles » quand on vient de commencer à travailler. Je n’ai pas encore de projet concret qui se détache des autres dans mon parcours pour l’instant, mais de manière générale, je suis satisfaite de mon parcours professionnel que je trouve cohérent, et c’est déjà pas mal !

Après Sciences Po, on nous pousse souvent à viser le plus haut possible, bosser dans de grandes entreprises, de grandes institutions, et pour l’instant je suis partie un peu à contre-courant de tout ça, en ciblant des entreprises à taille humaine, qui me permettait de respecter mes convictions et d’avoir une meilleure qualité de vie. Peut-être qu’un jour je changerai d’avis, et j’aurai envie de viser plus grand, mais pour l’instant, je suis très heureuse de la cohérence de mes choix et je travaille dans un secteur que j’aime, et ça c’est un luxe dont j’ai conscience.

Quel conseil donnerais-tu au toi de 18 ans qui s’inquiète devant Parcoursup ?

Il ne faut pas trop stresser au moment de son orientation parce que la vie est longue ! Quarante ans de travail ce n’est pas rien, donc on aura toujours le temps de se rattraper, de se réorienter et de faire autre chose si on se trompe ! Au moment de faire ses choix sur Parcoursup, c’est essentiel de s’écouter, de s’entourer de voix positives et de ne pas prêter trop attention aux obstacles qui ont l’air important à court-terme, alors qu’à l’échelle d’une vie, ils ne sont pas grand-chose. Et si on se trompe c’est pas grave, il suffit de recommencer !

Est-ce que tu as une ressource à recommander sur la transition?

Si la protection de la nature, et son intégration dans nos systèmes économiques vous intéresse, je vous recommande le livre «Prédation : Nature, le nouvel eldorado de la finance » de Sandrine Feydel et Christophe Bonneuil, qui traite de cette possibilité ou non de valoriser la préservation de la biodiversité et de nos écosystèmes dans nos systèmes économiques. C’était ma première claque sur la complexité des nos sociétés humaines et de leur rapport au vivant. Et pour ceux qui ne sont pas de grands lecteurs : il y a une version reportage Arte !

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