Avec cette nouvelle série d’articles, on donne la parole aux membres du Club des Pépites pour qu’ils partagent leurs conseils et leurs perspectives sur l’orientation.

Mot d’ordre: rien n’est figé, la route est parfois longue et tumultueuse, mais on est ensemble.

Cette semaine, Lucas nous raconte comment choisir de faire un DUT après le bac lui a permis de se trouver. Son conseil au Lucas de 18 ans? « N’aie pas peur d’essayer; faire un parcours qui n’a aucun sens au départ sur le papier, ça peut permettre de donner du sens ensuite. »

Cet entretien a été réalisé par une Pépite membre du Club, Margot Prévost.

Salut Lucas ! Tu en étais où toi, dans ta vie, à l’ouverture de Parcoursup ? C’était quoi tes envies et tes objectifs ?

Hello ! À ce moment-là, j’étais au Lycée Français de Madrid, en terminale ES. Je savais depuis la fin du collège que je ne voulais ni m’orienter vers une filière 100% scientifique, ni 100% littéraire, car j’étais plutôt bon partout, sans être excellent dans une matière en particulier. Le fonctionnement de l’entreprise me paraissait assez abstrait à cette époque et j’imaginais plutôt faire un métier généraliste. Je commençais à observer de loin le métier de mon père – directeur commercial – qui semblait intéressant, sans savoir quoi en penser véritablement non plus.

Quand j’ai dû choisir mes études, j’ai pensé au domaine du commerce car c’est assez large : ça permet de s’intéresser à beaucoup de choses différentes, avec plusieurs débouchés à la clé. Je ressentais aussi le besoin de comprendre le monde qui m’entourait, saisir son fonctionnement. Étudier le commerce pouvait être une bonne grille de lecture. Et puis, ça collait aussi à mon profil : j’avais un goût pour le relationnel et les langues.

Pour faire du commerce, il y a énormément de voies différentes : une école post-bac privée, une prépa (CPGE) puis une Grande École, un DUT ou la fac d’économie… J’étais entouré de personnes qui intégraient des écoles privées très chères mais j’ai vite compris que ce ne serait pas ma voie car je ne me voyais pas faire un prêt étudiant si jeune. Je ne me voyais pas non plus à la fac, car j’avais encore besoin d’un cadre un peu structuré. Dans mes choix sur APB, j’ai mis en première position un DUT. Je voyais cette voie comme un prolongement du lycée : plein de matières différentes, un établissement qui y ressemble et un parcours en deux ans, qui laisse la possibilité de passer les concours pour rejoindre une École de Commerce en Bac+3. Je me suis dit que ça me permettrait d’atteindre mon objectif plus à mon rythme qu’en prépa.

Tu as fait quelle formation ? C’était ton premier choix ?

J’ai obtenu mon premier choix, un DUT Techniques de Commercialisation à l’IUT d’Aix-en-Provence.

Ensuite, j’ai fait un DUETI (Diplôme Universitaire d’Enseignement Technologique International), c’est-à-dire une 3ème année en Erasmus à Cracovie, en Pologne, à la Krakowska Akademia. C’était aussi une année généraliste, autour du management, du business et du social. Cette année-là j’ai préparé des concours d’entrée en Master – le TOEFL et le Score Message – et j’ai finalement intégré un MSc Communication Institutionnelle et Conduite du Changement à l’IAE (Institut d’Administration des Entreprises) d’Aix en Provence ; un parcours qui durait 3 ans, et avec une année de césure entre le Master 1 et le Master 2.

Au total, mon parcours d’étude a donc duré 6 ans après le bac.

C’est quoi le cours que tu as préféré lors de ta formation ? Que tu as moins aimé ?

Mon année préférée a sûrement été la dernière. Mais pendant tout le parcours, j’ai aimé les langues, en particulier l’anglais, les cours de communication interpersonnelle ou encore ceux de négociation. Ce sont des cours qui m’ont appris à mieux prendre la parole en public, à gagner en aisance, à gérer le regard des autres. Ça m’a poussé à me découvrir davantage et à me dépasser.

J’ai beaucoup aimé les travaux de groupe aussi : il y en avait dans toutes les matières et ça m’a permis de découvrir comment je fonctionnais vis-à-vis des autres selon les sujets, si j’ai plutôt envie d’être en retrait ou au contraire de prendre les devants.

Ce que j’ai moins aimé, ce sont les matières très générales, qui ressemblaient vraiment à des cours de lycée, comme les statistiques ou l’économie – alors que j’adore l’économie pourtant. C’étaient des cours magistraux très descendants, sans cas pratiques. En général, tout ce qui relevait des maths ne me plaisait pas trop !

C’est quoi ton métier aujourd’hui ? Quelles compétences tu utilises ?

Aujourd’hui, je suis chargé de veille et analyste en innovation sociale et environnementale chez Sparknews. Depuis 2 ans, mon métier consiste à vulgariser la transition écologique et sociale auprès du grand public, des citoyens lecteurs de la presse, des salariés et décisionnaires d’entreprises.

Au quotidien, je suis chargé d’identifier des pratiques exemplaires en matière de transition écologique et sociale (des entreprises qui créent des nouveaux modèles économiques et sociaux) pour les valoriser auprès du public. L’objectif est de montrer que des solutions et des alternatives existent, d’inviter les gens à se questionner sur leur métier et à repenser leurs pratiques au quotidien.

La difficulté, c’est que la plupart des gens en entreprises ne voient pas le lien entre les problèmes environnementaux et sociaux et leur métier. Pour créer le déclic, il faut simplifier ces sujets complexes et leur montrer qu’ils peuvent faire différemment. Le but, c’est d’arriver à une transformation culturelle : faire changer les cultures d’entreprises et les références culturelles ou les modèles qui se diffusent dans la société.

Ce que j’aime dans ce métier, c’est qu’il est hybride. Je fais à la fois une veille constante et un exercice de décryptage. Par ailleurs, j’anime des ateliers et des présentations pour vulgariser tout ce contenu et aider les collaborateurs à évoluer dans les entreprises.

Ça nécessite un gros effort de synthèse, mais aussi de l’aisance à l’oral. Ce qui m’est très utile, c’est la culture générale et l’ouverture que j’ai eue pendant mes études : je sais comment fonctionne une entreprise et ça me permet de comprendre plus facilement ses enjeux.

Quelle est ta dernière grande réussite au travail, quelque chose que tu as accompli et qui t’as rendu fier ?

Toutes les semaines, j’anime des sessions de décryptage et d’initiation aux grands enjeux de la transition (l’énergie, la biodiversité, l’économie circulaire, l’inclusion sociale, la finance durable et la mesure d’impact) pour aider des salariés à faire le lien entre ces sujets et leur monde à eux.

Me retrouver dans cette posture à 24 ans, c’est dingue. C’est un gros challenge et ça implique beaucoup de préparation, mais c’est surtout une grande fierté, car c’est un sujet riche et très concret. J’ai l’impression de contribuer de façon tangible à la transition.

Quel conseil donnerais-tu au toi de 18 ans qui s’inquiète devant Parcoursup?

Je me ferais trois recommandations. La première : “n’aie pas peur”. Tu te poseras toujours des questions sur ta légitimité, mais ce n’est pas grave : l’essentiel, c’est de montrer ton intérêt et de t’investir dans les sujets qui t’intéressent. Le reste, tu l’apprendras au fur et à mesure : la formation se fait tout au long de la vie.

Le deuxième serait “chéris les personnes bienveillantes autour de toi” : il y a assez peu de personnes qui t’écoutent vraiment et t’encouragent, donc elles sont précieuses. Les études et le travail, ce n’est pas une course individualiste: c’est grâce à des collègues qui m’ont pris sous leur aile lors de mon premier stage que je me suis affirmé petit à petit.

Le dernier conseil, serait “n’aie pas peur d’essayer”. Finalement, pendant tes études, les cartes sont rebattues tous les 6 mois et tu peux toujours choisir une prochaine étape un peu différente. Tracer à l’avance le parcours d’études parfait, c’est inutile : c’est rassurant, mais finalement, je remarque que ce sont ceux qui ont osé et qui ont eu les parcours les plus farfelus qui se sont trouvés le plus vite. Faire un parcours qui n’a aucun sens au départ sur le papier, ça peut permettre de donner du sens ensuite.

Est-ce-que tu as une ressource à recommander sur la transition?

Sur le sujet de la transition, je recommande les vidéos “osons comprendre”, qui permettent de creuser des sujets complexes sans trop de difficultés.

Il y a aussi des podcast très intéressant, comme Changer la norme (de Care news), Vécus (de Ticket for change) ou Vlan! (de Grégory Pouy). Ça permet de se rendre compte que les entrepreneurs sociaux n’ont pas tous fait un bac S puis une grande école d’ingénieurs ou de commerce…

Enfin, il y a deux Moocs que je recommande. Devenir entrepreneur du changement (par Ticket For Change) permet de se mettre en mouvement et découvrir sa mission sociale et le type de métier qu’on veut exercer. Comprendre la crise écologique pour réinventer l’entreprise face à la crise écologique (par le C3D) permet d’apprendre l’essentiel sur les enjeux de la transition et c’est conçu pour des étudiants donc très abordable.

Un mot de la fin ?

Aujourd’hui, mon métier n’a pas de lien direct avec mon parcours d’études. Ces 6 années ont plutôt été l’occasion de me découvrir et surtout, de découvrir les sujets qui m’intéressaient vraiment. Je crois qu’il n’y a pas un parcours unique pour travailler dans le secteur de l’impact positif de la transition. Les études sont plutôt un apprentissage sur soi, utile quel que soit son métier ensuite !

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