Leonore Perrin_phénix

Au lycée, Léonore ne se prédestinait pas particulièrement à un métier dans la transition. C’est au travers de sa quête pour un métier ayant du sens, et qui soit en accord avec ses valeurs, qu’elle est arrivée chez Phénix, une startup de l’ESS dont la mission est de redistribuer les surplus alimentaires de magasins à des associations.

Son conseil pour trouver sa voie ? Avant tout, croire en ses convictions. L’originalité peut être une grande force !

Retour sur les bancs du lycée, tu passes le bac… C’était quoi ton plan à ce moment-là ?

Au lycée, je n’avais qu’une envie : qu’on me laisse tranquille. Indépendante, rêveuse et pleine de questionnements, j’essayais de tracer ma voie sans penser aux contraintes qui m’angoissaient (le choix d’une filière, le bac blanc, le bac, et bien évidemment : l’orientation post-bac).

Heureusement, j’étais une bonne élève et j’ai eu le luxe de pouvoir choisir ma voie. C’est donc sereine que je me suis lancée dans une 1ère Littéraire, à la surprise de mes professeurs qui me voyaient déjà en filière Scientifique, la « voie royale ». A l’époque, c’est pourtant une évidence pour moi : les matières où j’étais le plus à l’aise, c’est-à-dire la littérature, la philo et les langues, y étaient mieux représentées. Il n’était donc pas question que je m’embête avec de la Physique-Chimie ou des Maths !

A l’époque, je n’imaginais pas vraiment exercer un métier. Peut-être un métier créatif, ou bien social, à la rigueur.

Peux-tu nous raconter ton parcours d’études ? Etais-tu concernée par la transition pendant ta formation ?

J’ai grandi dans une petite sous-préfecture post-industrielle du Nord-Est de la France, entre la nature et la ville. La nature, à l’époque, c’était plutôt une contrainte pour moi : le froid humide de l’hiver continental, les moustiques qui pullulent près des forêts, les longs trajets en bus ou en voiture pour chaque déplacement, et puis les mines de charbon à l’arrêt qui mettent les pères de mes amies au chômage et toute une région à l’arrêt.

Je me sens donc davantage concernée par les problématiques de la France périurbaine que par la transition : le délitement des services publics, le repli sur soi, le décalage avec les villes. C’est donc peu sûre de moi que je pars à Paris pour mes études. Mais bon, c’est pour faire Sciences Po, alors j’y vais quand même. Après un premier diplôme du Collège Universitaire, j’ai choisi de poursuivre avec un Master en Communication, toujours à Sciences Po.

Est-ce que tu as eu d’autres expériences à côté de tes études ?

Pour être honnête, je n’ai pas été très impliquée dans les associations de mon école, car je ne souhaitais pas y passer trop de temps ! Je n’étais pas très à l’aise dans le cocon Sciences Po ou dans la vie parisienne.

A côté des cours, j’ai passé une formation de clown en milieu hospitalier pour passer du temps avec des personnes âgées en EHPAD.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire un travail engagé pour la transition ? Quel a été le déclic dans ton parcours ?

J’ai avant tout voulu avoir un travail qui a du sens, pour une cause en laquelle je crois. J’ai toujours été très sensible à l’injustice et aux inégalités. Il était donc impossible pour moi d’être en dissonance avec mes convictions.

Je ne peux pas parler de « déclic » à proprement parler. Cependant, je pense que mon contexte familial a joué un rôle décisif dans mes aspirations professionnelles. Née dans une famille de médecins, avec 3 sœurs kinésithérapeutes, infirmière et ergothérapeute, je ne m’imaginais pas une seconde exercer un « bullshit job ». Impossible.

Comment as-tu trouvé ton job ?

C’est en Master de Communication à Sciences Po en 2016 que j’entends parler de Phenix pour la première fois. En faisant une cartographie des acteurs de l’alimentation durable, je repère les entreprises engagées contre le gaspillage alimentaire, et Phenix se démarque de toutes les autres. Startup d’intérêt général qui fonctionne en redistribuant les surplus des magasins à des associations… C’est pas fantastique comme concept ? Je postule donc pour un stage en tant que Chargée de Projets, même si le poste n’a rien à voir avec mes études ! Après 2 entretiens, on m’annonce que je suis prise. Je suis ravie.

J’ai donc commencé chez Phenix en tant que Chargée de Projets sur le terrain. Ma mission était de m’assurer que les surplus des entreprises soient donnés dans de bonnes conditions à des associations locales. A côté de ces missions, j’assistais le fondateur de Phenix (Jean Moreau) sur la communication : relations presse, influence, réseaux sociaux…

C’est sur ces missions de communication que je suis embauchée en CDI suite à mon stage. A l’époque, la startup a 3 ans, compte 50 salariés, et 0 service communication & marketing. Il y a tout à faire !

On veut comprendre ce que tu fais ! Peux-tu nous décrire ta journée type de pépite ?

Aujourd’hui, Phenix a grossi. Nous sommes 180, et je suis Responsable de la Communication. Mon poste contient des missions stratégiques (le plan de communication de Phenix, les investissements, le branding, le discours de marque…) et des missions très opérationnelles (négociation de partenariats, relations publiques, réseaux sociaux…).

Une journée type se découpe ainsi :

9h30 : Arrivée au bureau, je me fais un thé avec l’équipe, je consulte la veille du jour et je prends connaissance de mes mails

11h : je travaille sur un projet, seule ou en équipe

13h : déjeuner en équipe

14h : match de babyfoot

14h30 : Retour au boulot, j’ai en général des réunions ou des rencontres avec des partenaires

17h : Je me concentre sur des tâches en solo, j’en profite pour avancer sur des dossiers de fond

19h : je prends l’apéro avec les collègues, dans le jardin du bureau s’il fait beau (et qu’on a le droit) !

Quels sont les éléments de ton parcours qui s’avèrent les plus utiles dans ton job actuel ?

Au quotidien, il faut de l’engagement, de la bonne humeur et de la détermination. Le reste, ça s’apprend.

L’étape décisive de mon parcours a été de ne pas écouter les conseillers pédagogiques de Sciences Po, qui orientaient les élèves de mon master vers des CDI dans des grosses agences de com’. Je n’ai jamais fait quelque chose dont je n’avais pas envie pour avoir un « beau nom » sur mon CV, et je me porte très bien ! Là où la majorité choisissait un job dans une grosse boîte pour la sécurité et le CV, je voyais avant tout la corvée d’avoir à exercer tous les jours un métier nuisible à la société.

Qu’est-ce que tu aimes le plus dans ton travail ? Au contraire, qu’est-ce que tu aimes moins, ou qui est plus difficile ?

J’aime : la variété des missions, la liberté et la confiance que l’équipe dirigeante me donne, les collègues incroyables, la transparence de l’entreprise dans ses décisions, la fierté de pouvoir dire où je travaille, et évidemment, la certitude d’avoir un impact positif sur la société.

J’aime moins : le manque de cadre parfois (inhérent à toutes les startups je pense ?), et passer du temps dans les chiffres, les reportings et les présentations powerpoint.

Quel est pour toi la balance entre sens et argent ?

Quand j’ai commencé chez Phenix, les salaires étaient nettement en dessous du marché. La boîte était jeune et recrutait énormément, elle ne pouvait pas se permettre des salaires alignés au marché. Le plus dur n’était pas dans la gestion budgétaire du quotidien (on apprend vite à devenir minimaliste, surtout lorsqu’on sort d’études). Le plus dur, c’était plutôt d’assumer face aux commentaires non sollicités des personnes qui jugeaient que je bradais mon diplôme à Sciences Po. Mais j’aime mon travail, donc tant que j’arrive à payer mon loyer et ma nourriture, ça ne me pose pas de soucis.

No regrets, aujourd’hui mon salaire est aligné avec ceux du marché et je peux dire « cheh » à tous ceux qui m’ont découragée !

Petit coup d’oeil à la boule de cristal : où te vois-tu dans quelques années, au niveau boulot ?

Alors… Soit à Paris ou dans une grande ville, dans une entreprise à impact (Phenix ou autre), à temps partiel pour avoir plus de temps pour moi. Soit à la campagne, en reprenant une formation pro pour un autre métier 😉.

Retour vers le futur ! Tu reviens te murmurer à l’oreille au lycée, qu’est-ce que tu te dis ?

Si je pouvais parler à la Léonore adolescente, je lui dirais de croire en ses convictions et d’être moins timide : son originalité est une force. Je l’encouragerais à aller davantage vers les autres, et à ne pas avoir honte de ce qu’elle est.

Je lui dirais aussi d’être plus sérieuse en cours, car c’est un chance inouïe de passer ses journées à apprendre.

Des conseils de lectures / écoutes / outils qui t’ont guidée vers ce premier job ?

Mon job est guidé par mes convictions personnelles. J’essaie donc d’être au fait de l’actualité, par le biais de Thinkerview par exemple (Frederic Lordon, Julia Cagé, Guillaume Pitron…) ou des débats (mes préférés sont ceux d’Interdit d’interdire animés par Frédéric Taddei).

Sinon, un fabuleux outil pour trouver un travail : LinkedIn.

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