Ingrid Forey, chargée de mission au Parc naturel régional des Pyrénées Catalanes

Découvrez le parcours d’Ingrid Forey, une Pépite qui a combiné ses multiples talents pour mettre en pratique le « penser global agir local ».

Après un riche temps de formation, elle est devenue chargée de mission dans la médiation agri-environnement pour le Parc Naturel Régional des Pyrénées Catalanes et travaille à animer une diversité de projets au cœur de la nature.

Retour sur les bancs du lycée, tu passes le bac… C’était quoi ton plan à ce moment-là ?

J’étais déjà préoccupée par la question environnementale car j’ai bénéficié d’une sensibilisation depuis petite par mes parents, dans la vie quotidienne. Mais je n’avais aucune idée de la manière dont je pourrais en vivre. Je ne savais globalement pas vers quoi me diriger, mais j’avais apprécié le fait de faire des sciences et des sciences sociales (histoire, SES, économie) au lycée. J’ai donc cherché à poursuivre une formation généraliste via le double diplôme SCUBE entre Sciences Po et l’UPMC.

Peux-tu nous raconter ton parcours d’études ? Etais-tu concernée par la transition pendant ta formation ?

La licence SCUBE en sciences et sciences sociales (NDLR : cette licence a depuis été transformée en deux parcours distincts, l’un spécialisé en géo-sciences et l’autre en sciences de la vie) puis le master SPE sciences et politiques de l’environnement sont construits autour de la question de la transition avec des approches scientifiques, techniques mais aussi politiques et sociales. Ils m’ont permis d’en apprendre davantage et de construire une opinion sur des sujets variés comme la production énergétique, l’agriculture, la décroissance, la protection de la biodiversité.

Est-ce que tu as eu d’autres expériences à côté de tes études ?

J’ai participé à un projet tutoré à Sciences Po avec l’association Résolis, qui avait été l’occasion de travailler sur l’alimentation locale et la mise en réseau d’initiatives.

Pendant mon stage de fin d’étude et l’année qui a suivi je me suis engagée avec le Pacte Finance Climat, notamment porté par Jean Jouzel et Pierre Larrouturou, au sein du groupe local 34 et en partenariat avec Alternatiba lors de leur passage à Béziers.

J’ai par ailleurs suivi par correspondance une formation d’herboristerie de 2018 à 2020.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire un travail engagé pour la transition ? Quel a été le déclic dans ton parcours ?

Le déclic n’a pas été tant sur le fait de travailler sur la transition que sur la manière de le faire. Pendant mon parcours il m’est apparu que je souhaitais travailler à échelle locale, sur des projets opérationnels. J’ai besoin de mesurer les résultats de mon travail et de mon engagement au quotidien, de façon concrète, pour ne pas me décourager ! Il me semble aussi que la transition s’initie par la multiplication et la mise en réseau d’initiatives locales. La prise de mesures à plus larges échelles me parait indispensable mais tellement inaccessible que je préfère me concentrer sur des actions sur lesquelles je peux avoir une prise. Penser global, agir local !

Comment as-tu trouvé ton job ?

J’ai répondu à une offre ! Le site Réseau Tee est excellent pour ceux qui cherchent des emplois dans l’environnement, particulièrement les naturalistes.

On veut comprendre ce que tu fais ! Peux-tu nous décrire ta journée type de pépite ?

Une partie de ma journée est consacrée à l’animation de projets qui peuvent être très divers : organiser la cueillette de plantes, des suivis de milieux naturels, l’installation de porteurs de projet, l’animation de groupe de producteurs qui souhaitent mettre en commun des moyens de communication, de production, etc. Il s’agit donc de débloquer des questions techniques, organisationnelles ou règlementaires (quel matériel, quels fournisseurs ou partenaires, quel contenu, quelles autorisations etc.) et de faire du relationnel pour identifier les envies, les disponibilités, les blocages des acteurs privés et publics du territoire. Cela se fait par mail, téléphone, réunions… et nécessite également de se coordonner avec mes collègues qui travaillent sur des sujets complémentaires.

Une autre partie de ma journée est plus scientifique et consiste à aller sur le terrain pour faire des inventaires et des relevés puis analyser ces données qui serviront à éclairer et orienter les projets.

Quels sont les éléments de ton parcours qui s’avèrent les plus utiles dans ton job actuel ?

Ma formation en herboristerie, qui m’a aussi apporté des compétences en botanique m’apparaît cruciale : elle m’a fourni les compétences techniques et pratiques dont je manquais du fait de ma formation très généraliste.

La double formation me permet d »avoir une approche à la fois écologique, « naturaliste » des sujets, et socio-économique, que je trouve utile pour comprendre et anticiper les différents points de vue. Les outils de bases (Suite office, SIG) sont indispensables et mériteraient d’être complétés par plus de compétences statistiques (heureusement Youtube est là !). L’université, comme Sciences Po, forme bien à l’autonomie, importante dans mon travail car je suis très peu encadrée et accompagnée.

Qu’est-ce que tu aimes le plus dans ton travail ? Au contraire, qu’est-ce que tu aimes moins, ou qui est plus difficile ?

La complémentarité entre les différents membres de l’équipe tant sur les sujets que dans les compétences. Et la bonne entente permet d’aller plus loin et mieux ensemble, c’est très stimulant et rassurant.

De l’autre côté, le fait d’être fonctionnaire oblige à passer par un processus de gouvernance et de validation des élus, certes nécessaire et souhaitable d’un point de vue démocratique mais qui ralentit beaucoup l’avancement des projets. Aussi, l’aspect démocratique reste très discutable, car les élus manquent de disponibilité pour vraiment se pencher sur les sujets et bien souvent la vision égocentrée et/ou court-termiste prédomine.

Parlons CASH ! Quel est pour toi l’équilibre idéal entre sens & rémunération ?

Il est important d’être correctement rémunéré.e, surtout quand l’investissement en temps, en charge mentale et en agent/matériel personnel est conséquent. De mon côté, je mets ma rémunération en balance avec le coût de la vie de mon lieu d’habitation, assez faible en zone rurale de montagne, et mon mode de vie, plutôt économe : c’est pourquoi j’estime qu’il est suffisant. Étant payée par l’argent public, j’ai aussi cette préoccupation de devoir particulièrement le mériter et de ne pas en demander trop… d’où la colère quand je constate des dépenses publiques que j’estime aberrantes.

Petit coup d’œil à la boule de cristal : où te vois-tu dans quelques années, au niveau boulot ?

Ce type de boulot qui combine travaille naturaliste de terrain et animation de projets socio-économiques locaux me plaît, je me vois donc continuer là-dedans, peut-être dans d’autres structures. Mais j’aimerais pouvoir l’exercer à temps partiel pour pouvoir le combiner avec un projet personnel artisanal, comme la production/cueillette et transformation de plantes et fruits.

Retour vers le futur ! Tu reviens te murmurer à l’oreille au lycée, qu’est-ce que tu te dis ?

Les décisions et les choix que l’on fait ne donnent pas une direction unique et inaltérable à notre parcours, les routes peuvent bifurquer, se compléter, se moduler au fur et à mesure qu’on apprend ce qui est important pour soi.

Des conseils de lectures / écoutes / outils qui t’ont guidée vers ce premier job ?

Je pense au cours sur la décroissance dispensé par Luc Semal à Sciences Po et les multiples lectures et intervenants dont je me suis nourrie Je recommande aussi diverses vidéos sur la permaculture et l’agroécologie qui prolifèrent sur Youtube.

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