Eva Morel

Curieuse et touche-à-tout, Eva Morel n’a pas attendu son premier job pour explorer l’engagement sous toutes ses formes. C’est finalement dans le débat et l’action politique qu’elle a trouvé sa façon à elle de faire bouger les lignes : collaboratrice parlementaire de Sandrine Le Feur depuis octobre 2020. Spécialisée dans les questions d’agriculture et d’alimentation durables, elle nous livre ses réflexions et nous partage le cheminement qui l’a amenée jusqu’à l’Assemblée Nationale.

Retour sur les bancs du lycée, tu passes le bac… C’était quoi ton plan à ce moment-là ?

J’ai toujours su que je voulais travailler pour lutter contre les dégradations environnementales et le réchauffement climatique, mais je ne savais pas comment. J’avais entendu parler de Sciences Po mais je ne m’en sentais pas vraiment capable… et j’ai bel et bien échoué 😉 mais je savais que je dédierais ma vie à ça, je ne le concevais pas autrement.

Peux-tu nous raconter ton parcours d’études ? Etais-tu concernée par la transition pendant ta formation ?

Je suis allée au Canada à l’Université McGill, afin de réaliser ma licence. C’était un super tremplin pour étudier à la fois les sciences politiques et l’environnement dès les premières années d’études, comme la sélection des cours du système anglo-saxon est plus malléable qu’en France.

Je me suis, en parallèle, engagée dans une association qui permettait d’aider les PME (Petites et Moyennes Entreprises) à développer une politique RSE (Responsabilité Sociale de l’Entreprise) sans frais.

Puis, je suis entrée à Sciences Po en master de politique environnementale (comme quoi la persévérance paye). Et c’est là que je me suis le plus cherchée. J’ai intégré une association de désobéissance civile, Sciences Po Zéro Fossile, qui lutte contre le partenariat entre Sciences Po et Total. Puis, j’ai créé une association qui met en avant la littérature engagée : le Prix Littéraire des Étudiants de Sciences Po. L’idée était d’utiliser la renommée de l’école pour faire émerger une littérature engagée sur des sujets de société : monde ouvrier, justice sociale, écologie…

Puis, pour finir je me suis engagée pendant le confinement de mars au sein d’un projet d’élaboration de solutions politiques concrètes pour le monde d’après. C’est là que j’ai vraiment trouvé ma voie, ce qui me faisait vibrer : s’emparer des outils politiques à notre disposition pour changer la donne au niveau de la loi. Mais je ne l’ai pas écoutée tout de suite (ma voie/voix), j’ai voulu découvrir un autre univers et j’ai accepté une offre d’emploi pour faire du conseil pour le secteur public. J’ai tellement détesté que j’ai démissionné après 3 semaines, pour rejoindre une députée engagée sur mes sujets de prédilection : l’alimentation et l’agriculture durable.

Est-ce que tu as eu d’autres expériences à côté de tes études ?

J’ai réalisé plusieurs stages : un premier au sein du Conseil Départemental de Loire-Atlantique pour appuyer le développement des circuits courts en restauration collective ; un deuxième au sein du Conseil National de l’Alimentation pour aider à l’intégration de la voix citoyenne dans les débats ; un troisième au sein du cabinet de conseil en transition Auxilia pour aider les territoires à développer des politiques agricoles et alimentaires durables. Je me suis aussi impliquée au sein de l’association Let’s Food Cities, ayant pour objectif de développer une solidarité internationale entre villes impliquées dans des politiques de transition agricole et alimentaire. Et je suis en ce moment aussi engagée au sein de Parti Civil, le think tank de la transition écologique et de la justice sociale !

Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire un travail engagé pour la transition ? Quel a été le déclic dans ton parcours ?

Le déclic, ça a été « Projet Déclic », où en quelques mois on s’est organisé entre étudiants pour construire des propositions concrètes : on en a produit 43, mais surtout on a réussi à interpeller des députés réellement intéressés par notre travail. J’ai compris que c’était ce que mon parcours m’avait permis de réaliser le plus efficacement : penser et militer pour des politiques publiques de la transition, au sein des sphères politiques en manque de renouveau.

Comment as-tu trouvé ton job ?

Via une candidature spontanée : j’ai eu l’idée de postuler suite à mes activités associatives m’ayant convaincue du pouvoir qui résidait dans l’action politique, et législative en particulier. J’ai ciblé les députés dont l’engagement pourrait correspondre au mien. Et j’ai surtout eu la chance de recevoir une réponse d’une députée si engagée et aux idées si conformes aux miennes. De son côté, elle espérait trouver une collaboratrice engagée, force de proposition, et passionnée : ça a donc été un heureux hasard des deux côtés ! Mes engagements associatifs m’ont donc ouvert les portes de ce travail politique, et ont aussi démystifié un monde qui me paraissait jusqu’à présent opaque.

On veut comprendre ce que tu fais ! Peux-tu nous décrire ta journée type de pépite ?

Je fais remonter les articles de presse pertinents pour ma députée, puis je réfléchis à la stratégie qu’elle pourrait mettre en œuvre pour faire avancer ses idées au sein de son groupe parlementaire : quelle temporalité, quels outils à notre disposition, quels alliés ? Puis, je prends contact avec des structures qui pourraient nous apporter du soutien en termes de contenu, de contacts. En ce moment, on monte un groupe de travail pour sensibiliser les députés à une vision de la souveraineté alimentaire synonyme de local et de durable.

Quels sont les éléments de ton parcours qui s’avèrent les plus utiles dans ton job actuel ?

Le réseau que j’ai acquis lors de mes stages et expériences associatives m’est précieux ; mes compétences en matière de recherche et d’esprit d’analyse et critique le sont encore plus ; ma capacité à mener un projet et à m’organiser dans le temps pour le concrétiser aussi.

Qu’est-ce que tu aimes le plus dans ton travail ? Au contraire, qu’est-ce que tu aimes moins, ou qui est plus difficile ?

J’adore convaincre et voir que les positions de certains peuvent évoluer vers une direction davantage verte et solidaire. Ça peut par contre être frustrant de voir que le changement prend du temps

Retour vers le futur ! Tu reviens te murmurer à l’oreille au lycée, qu’est-ce que tu te dis ?

C’est impressionnant comme, en regardant en arrière, je ne croyais pas en mes capacités de changer les choses. Je me sentais démunie, et sans perspectives attrayantes. Si je devais revenir à cette époque, je me dirais « Suis ton instinct et tes envies, n’écoute pas les adultes qui pensent débouchés et CDI, tu finiras par trouver ta place et pouvoir vivre de ta passion, même si cette passion est un peu farfelue. »

Des conseils de lectures / écoutes / outils qui t’ont guidée vers ce premier job ?

Des lectures :

A écouter : « Les couilles sur la table » (podcast)

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