Corentin Mouraud

Aligner ses valeurs avec son parcours professionnel ? C’est à ce défi nécessaire qu’a répondu Corentin Mouraud, en devenant auto-entrepreneur dans l’habitat en terre crue, un matériau d’avenir dont il vous transmettra la passion. Ingénieur de formation, il a trouvé sa voie pour concilier son activité et un cheminement intellectuel mûrement réfléchi.

Son conseil de Pépite ? « La vie passe hyper vite, profite de chaque instant ! » 🌱

Retour sur les bancs du lycée, tu passes le bac… C’était quoi ton plan à ce moment-là ?

Au lycée, je préparais un Bac scientifique, spécialité sciences de l’ingénieur. Mon objectif, c’était de devenir ingénieur dans le bâtiment.

Peux-tu nous raconter ton parcours d’études ? Etais-tu concerné par la transition pendant ta formation ?

J’ai fait un DUT génie civil dans lequel j’ai beaucoup appris, mais sans être tourné vers l’écologie, et j’ai toujours été surpris du manque de formation à ce sujet. Ma première transition a plutôt été durant ma licence génie civil, durant laquelle je me suis formé en autodidacte aux questions de l’énergie, du climat, de l’économie et des finances. J’ai eu la chance de partir à l’étranger pendant 6 mois. Lorsque je suis rentré, je savais que je ne suivrais pas le destin de mes camarades. Malgré tout, j’ai terminé mon Master 2 en ingénierie génie civil.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire un travail engagé pour la transition ? Quel a été le déclic dans ton parcours ?

C’est un long processus qui m’a demandé de construire une pensée cohérente : les enjeux sociaux et environnementaux sont liés. La traduction de ces enjeux est politique. C’est au bout de cette construction politique que j’ai aligné mes pensées aux faits scientifiques et à mon éthique.

Avant d’avoir la chance de partir à l’étranger, j’avais déjà questionné différents sujets sociétaux. Ça a remis en question beaucoup de choses en moi et m’a parfois révolté. Le fait de partir, de faire une pause dans le train de la vie, m’a permis de remettre beaucoup de choses en perspective, de réarranger ce que j’avais dans la tête. Mais en plus, j’ai été confronté à des populations pauvres, à la pollution, puis à l’excès. Le voir, le vivre, m’a permis de désacraliser ce que l’on appelle « le parcours professionnel » mais surtout de le questionner. Je me suis mis à travailler sur l’économie, l’énergie, le climat et je suis heureux d’avoir pris le temps de me former sur ces sujets qui sont aujourd’hui omniprésents. Je n’avais alors plus le choix. Je devais donner du sens à ce que je souhaitais faire de mon temps.

Il m’est alors paru impossible de continuer dans la voie qui m’était destinée, c‘est-à-dire travailler pour un monde qui demain n’aura aucun sens, dépenser mon énergie au mauvais endroit, faire carrière dans un métier reconnu, un des métiers que l’on nous proposait en 3ème après avoir répondu à un questionnaire sur ordinateur. Suivre ce flot continu du « on a toujours fait comme ça » dans la rivière du pragmatisme.

On veut comprendre ce que tu fais ! Peux-tu nous décrire ta journée type de pépite ?

J’enfile mes bottes et mon chapeau et je pars sur le terrain. Là bas, il n’y a rien du tout, mis à part un gros tas de terre laissé par les pelleteuses… Ça tombe bien, c’est avec ça qu’on va construire la maison. Tout le monde arrive, chacun trouve sa place, la terre prend forme et la maison apparaît. On mélange au pied ou à la main, la terre vole, on chante !

L’après midi, c’est un autre monde. J’ai une visio-conférence avec la Métropole, l’aménageur, le contrôleur technique et les promoteurs. La demande est forte en alternatives et tout est à construire, alors on cherche des solutions pour que demain la terre soit de nouveau dans toutes nos maisons.

Qu’est-ce que tu aimes le plus dans ton travail ? Au contraire, qu’est-ce que tu aimes moins, ou qui est plus difficile ?

Ce qui n’est pas facile pour moi dans mon travail c’est l’engouement fort de ces dernières années pour la construction en terre crue. Cette sollicitation importante me donne une responsabilité importante.

NDLR : La construction en terre crue consiste à utiliser la terre en tant que matériau avec peu de transformations. Aujourd’hui, on estime qu’un tiers de l’humanité vit dans un logement en terre crue, qu’on retrouve aussi dans édifications monumentales à travers le monde. Très ancienne, la construction en terre crue s’avère être l’une des plus éco-responsables.

Ce que j’aime le plus, c’est le sens de mon travail, sa cohérence avec mes valeurs : je suis aligné. Bon et un peu la terre crue aussi ! Faut la toucher pour comprendre. J’ai eu la chance de tomber dans la terre crue en travaillant sur un programme de recherche nommé Ecomaterre qui a pour objectif de construire un bâtiment en terre porteur sur 4 niveaux. Grâce à ce projet, j’ai pu intégrer un réseau de professionnels : le Collectif Terreux Armoricains dans lequel je me suis particulièrement engagé. La force de ce matériau c’est qu’il est intimement lié à l’histoire humaine, notre patrimoine et qu’il apporte des réponses concrètes à nos problématiques contemporaines : gestion des déchets, limitation des émissions de GES, confort de l’habitat, intensité sociale.

Petit coup d’œil à la boule de cristal : où te vois-tu dans quelques années, au niveau boulot ?

Dans 3 mois, on monte une coopérative et l’appel à projets duquel nous avons récemment été lauréats se déroule parfaitement bien. En 2023, nous sommes une bonne dizaine dans la coopérative et nous formons chaque année de nombreuses personnes. Et autour de nous de nouvelles entreprises de construction en terre fleurissent.

Retour vers le futur ! Tu reviens te murmurer à l’oreille au lycée, qu’est-ce que tu te dis ?

La vie passe hyper vite, profite de chaque instant !

Des conseils de lectures / écoutes / outils qui t’ont guidé vers ce premier job ?

Je vous recommande deux lectures : The limits to growth d’abord, qui est un rapport commandé par le Club de Rome et publié en 1972 ; Émanciper le travail ensuite, un essai de Bernard Friot.

Et je finirai avec cette citation : « Working on the right thing is probably more important than working hard » (Caterina Fake) !

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