Cassandre, 24 ans, formatrice en intelligence collective chez Fertîles

Cassandre Bachellier a eu plusieurs vies avant de trouver sa voie. Déçue des grandes écoles, c’est finalement dans la formation et la transmission qu’elle trouve sa manière de contribuer à la transition.

De l’Indonésie à La Bascule, ses expériences de vie la conduisent à investir le champ de la coopération et à déconstruire ses croyances.

Aujourd’hui, elle est facilitatrice et formatrice en intelligence collective chez Fertîles pour outiller les acteurs du changement écologique à ces enjeux. Un parcours original et inspirant pour penser de nouvelles formes d’engagement 🍃

Retour sur les bancs du lycée, tu passes le bac… C’était quoi ton plan à ce moment-là ?

Au moment où je passe mon bac, mon plan c’est de ne me fermer aucune porte et trouver une voie qui me porte et.. qui me permet d’avoir un salaire correct. Après un Bac Littéraire, j’étais inquiète de ne pas réussir à « gagner ma vie ». A ce moment là, je rêve de faire une école d’art, mais c’est à Sciences Po que je m’inscris. A cette époque, ça ne me venait même pas à l’idée que je pouvais inventer mon propre métier.

Peux-tu nous raconter ton parcours d’études ? Etais-tu concerné par la transition pendant ta formation ?

J’ai eu un parcours assez chaotique, je ne tiens pas en place alors j’ai exploré toutes les « exceptions » que m’offrait Sciences Po. La première année j’étais très concentrée, persuadée que mon bonheur allait être de travailler au Conseil d’État après avoir fait l’ENA. Mais cet état d’esprit n’a pas duré longtemps et je n’ai vraiment pas accroché avec l’ambiance de l’IEP. En deuxième année j’ai négocié de travailler 4 mois à distance depuis l’Indonésie.

J’ai validé ma licence et j’ai quitté l’école. J’en avais soupé de Sciences Po, de son élitisme, du sentiment que ce qui m’était transmis là bas était inutile. Je voulais apprendre de vraies compétences, arrêter de disserter sur l’échec de notre démocratie et commencer à agir. Après deux ans de travail à l’étranger, j’ai repris un master à l’Agro Paris Tech. J’avais la certitude qu’il me fallait des compétences scientifiques tangibles pour pouvoir agir et l’espoir qu’une école d’ingénieur me permettrait d’acquérir des compétences utiles pour soutenir la transition.

Ma déception a été assez grande de nouveau. J’ai consacré le plus clair de mon temps à mon engagement à La Bascule et je ne suis repassée que pour valider mon master. Mon engagement a grandi doucement au cours de mes études, et je pense que l’immobilisme des grandes écoles l’a bien nourri.

Est-ce que tu as eu d’autres expériences à côté de tes études ?

De nouveau j’ai eu envie d’aller explorer un large panel. A dix neuf ans je portais des tailleurs dans les couloirs de la Cour des Comptes et je m’inquiétais de mon futur à l’ENA.

A vingt ans je suis partie vivre en Indonésie. Je suis devenue directrice d’une entreprise de 20 employés dans un pays où les femmes ont rarement des responsabilités avant quarante ans : autant dire que l’expérience n’a pas été des plus simples. J’étais encore loin, bien loin de la déconstruction sur laquelle je travaille aujourd’hui. Mais déjà j’expérimentais à mon échelle : comment inclure plus d’horizontalité dans mon travail ?

A vingt et un an j’ai lâché un peu du mou, j’ai plongé mes orteils dans le sable des Caraïbes et je suis devenue barmaid à Tortola avant de reprendre mes études à Paris. Et puis pendant mon master à l’Agro Paris Tech, j’ai co-fondé le mouvement La Bascule. Aujourd’hui cela fait plus de deux ans que je suis investie dans cette association.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire un travail engagé pour la transition ? Quel a été le déclic dans ton parcours ?

Mon envie de faire un travail engagé s’est construite progressivement, mais si je dois mettre le doigts sur des événements, il y en a deux.

D’abord la visite d’une décharge à Bali. De loin, j’ai cru que c’était une montagne, et cette montagne se déverse tous les ans directement dans la mer à la saison des pluies. Ça a été mon électrochoc écologique. A partir de là, je savais que je voulais utiliser mon temps à protéger et à réinventer plutôt qu’à détruire.

Ensuite, ce qui m’a permis de savoir comment m’engager, c’est ma rencontre avec l’Université du Nous. Ils m’ont aidé à déconstruire une à une mes croyances limitantes, enfermantes, mes codes sociaux, et j’y ai découvert la gouvernance partagée, l’intelligence collective et la coopération. Avec cette découverte venait une certitude : le monde de demain ne se fera pas sans coopération et c’est sur ce sujet là que je veux m’investir.

Comment as-tu trouvé ton job ?

Mon job je l’ai créé. Avec Audrey Dufils, nous avons imaginé un parcours immersif de 5 jours pour transmettre la coopération : la PACoo’. Pendant mon burn out, elle et des amis de la Bascule ont lancé Fertîles. Une école volante de l’engagement et de la coopération qui propose des formations en immersion. La PACoo’ en faisait partie. Je les ai rejoint dès que je me suis sentie mieux. Aujourd’hui je fais partie du cercle source de Fertîles et nous proposons plusieurs parcours de formation.

On veut comprendre ce que tu fais ! Peux-tu nous décrire ta journée type de pépite ?

Ma journée type pépite est difficile à décrire. Aucune formation ne se ressemble et aucun groupe n’a la même saveur. Je vais donc vous décrire ma journée.

Ce matin je me suis réveillée dans mon van dans l’écolieu « le Bouchot » où j’ai aménagé ma petite maison roulante. J’ai avalé trois tartines de confiture en voyant chaque participant de la formation que j’anime actuellement s’éveiller doucement. J’ai pris le temps de ralentir. De me demander comment je vais. D’observer ce qui se passe en moi avant de me tourner vers l’autre. Puis j’ai passé ma journée à apprendre et à transmettre.

J’ai animé des exercices pour transmettre des apprentissages par le corps et par le cœur, j’ai ouvert des espaces pour faire émerger des participants des clés de la coopération, j’ai célébré la journée avec eux. Et enfin j’ai pris le temps de diner avec mon équipe qui est aussi ma deuxième famille, en qui j’ai une confiance infinie et qui m’apporte de la joie au quotidien.

Quels sont les éléments de ton parcours qui s’avèrent les plus utiles dans ton job actuel ?

Le plus utile pour moi aujourd’hui c’est le travail que j’ai pris le temps de faire sur moi-même. Le yoga, la méditation, la communication non-violente, la vie en collectif… Tous ces éléments m’ont apporté les billes pour incarner ce que je souhaite transmettre : un rapport apaisé avec moi-même pour un rapport apaisé avec l’autre.

Au niveau plus technique, c’est mes formations auprès de l’Université du Nous et du Laboratoire du Collectif ainsi que mes multiples animations bénévoles qui m’ont permis de commencer à construire une expertise en facilitation et en coopération.

Qu’est-ce que tu aimes le plus dans ton travail ? Au contraire, qu’est-ce que tu aimes moins, ou qui est plus difficile ?
Ce que j’aime le plus dans mon travail c’est de vivre la vie dont je rêve, avec des personnes incroyables, en collectif, dans des lieux où le bitume est peu visible. Le collectif qui se constitue à chaque formation est une petite bulle où chacun a envie d’apprendre et de coopérer. C’est assez magique de voir que pendant cette période de temps… Le monde de demain est déjà là.

Ce que j’aime moins et qui est plus difficile, c’est que c’est un métier épuisant. En animation je suis connectée à tous les cerveaux du groupe. Je leur fais traverser des émotions fortes, des remises en question difficiles, et je les accompagne dans ce voyage. Je sors souvent des formations épuisée physiquement et émotionnellement.

Quelle est pour toi la balance entre sens et argent ?

Je n’ai pas de salaire fixe, je me rémunère en participation consciente. Avant je faisais le même travail bénévolement, mais ce n’était pas résilient. Si je veux vraiment diffuser la coopération, j’ai besoin de m’investir à temps plein et de ne pas toujours être dans l’angoisse de la précarité. C’est aussi notre pari à Fertîles : travailler aux transitions tout en étant justement rémunéré.

Petit coup d’oeil à la boule de cristal : où te vois-tu dans quelques années, au niveau boulot ?

Je m’imagine créer des nouvelles formations, former de nouveaux formateurs et animer des formations. Un peu comme aujourd’hui mais.. avec une équipe beaucoup plus grande et un public bien plus large ! Pour l’instant nous touchons surtout des jeunes déjà un peu sensibilisés. Mais demain j’espère que nous formerons des élus, des chefs d’entreprises, des profs…

Retour vers le futur ! Tu reviens te murmurer à l’oreille au lycée, qu’est-ce que tu te dis ?

Expérimente ! C’est en se plantant qu’on pousse ! (Thomas d’Ansembourg)

Des conseils de lectures / écoutes / outils qui t’ont guidée vers ce premier job ?

Je recommande le site hum-hum-hum.fr !

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