Avec cette nouvelle série d’articles, on donne la parole aux membres du Club des Pépites pour qu’ils partagent leurs conseils et leurs perspectives sur l’orientation.

Mot d’ordre: rien n’est figé, la route est parfois longue et tumultueuse, mais on est ensemble.

Cette semaine Alexandre, nous raconte comment, à 24 ans, il est devenu directeur d’établissement de La Maison pour Tous Les Caillols. Quand il regarde en arrière, il se dit qu‘il aurait sans doute été plus à sa place dans une formation professionnelle à la sortie du bac: ce sont ses immersions dans le monde du travail lors de stages et alternances qui lui ont enseigné des notions essentielles.

Cet entretien a été réalisé par une Pépite membre du Club, Audren Letellier.

Salut Alexandre! Tu en étais ou toi, dans ta vie, à l’ouverture de Parcoursup? C’était quoi tes envies et tes objectifs?

À l’ouverture de Parcoursup, j’étais en bac S au lycée Marcel Pagnol, à Marseille. Mon année de terminale a été absolument chaotique : pourtant bon élève, j’étais dans une période où les questionnements que je me faisais sur ma vie passaient avant les objectifs scolaires. J’ai malgré tout réussi à décrocher mon bac avec une mention assez bien.

Grâce à mon bon dossier, à la sortie du bac, mes professeurs m’ont dit que j’avais le choix pour la suite. C’était la pire chose qu’on pouvait me dire à cette époque. De nature indécise, du haut de mes 18 ans, je n’avais absolument aucune idée de la filière qui me correspondait ou encore du métier que je voulais faire. C’est un poids énorme à poser sur les épaules d’un adolescent – je me sentais entièrement coincé. Le choix entre filière S et ES ayant déjà été difficile à prendre, celui du parcours à choisir à l’issue du bac l’était encore plus.

Finalement, étant depuis tout petit passionné de sport, j’ai pris la décision d’aller à la Faculté des Sciences du Sport – Aix-Marseille Université. Parcoursup n’a donc pas été un problème en soi, ou une expérience douloureuse puisque j’ai été accepté tout de suite à mon premier choix.

Tu as fait quelle formation? C’était ton premier choix?

Pour moi, c’est après Parcoursup que sont venues les galères. Je me suis cherché pendant bien 2, voire 3 ans. À mon sens, le problème est qu’on valorise énormément le parcours universitaire au lycée, alors qu’il existe d’autres débouchés, comme les parcours professionnalisants par exemple. J’ai été à la fac, puisque j’étais bon élève et que c’était la chose qu’on me disait de faire. Mais je ne m’y suis pas du tout retrouvé.

Au milieu d’une promo de 700 étudiants, sans tuteur ou accompagnateur, j’étais complètement perdu. J’ai donc passé du temps à la bibliothèque à éplucher par moi-même des ouvrages sur les différents parcours possibles. Une conseillère d’orientation m’a ainsi aiguillé vers un BTS.

La question que je me posais à ce moment-là était la suivante : “Est-ce que je fais de ma passion – le sport – mon travail, ou est-ce que je les garde séparés ?” Après une longue réflexion, j’ai décidé d’opter pour le second choix et d’être pragmatique : travailler et être indépendant financièrement et faire du bénévolat sur le côté dans mon club de foot.

Après un an de fac, je me suis donc lancé dans un BTS optique en alternance à l’Institut Supérieur d’Optique à Marseille. C’est un cursus que j’ai arrêté au cours du premier semestre. Je n’étais pas du tout à l’aise, je ne croyais pas du tout en ce que je faisais. Tout me ramenait au contraire vers le sport, le terrain, les jeunes, leur entraînement.

À 20 ans, en 2015, j’ai donc fait un bilan de compétences, puis ai intégré le centre de formation l’ADREP à Marseille dans le but d’obtenir un Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l’Éducation Populaire et du Sport (BPJEPS), diplôme d’État de niveau 4, avec la mention Activité Physique pour Tous afin de devenir éducateur sportif.

J’ai ensuite eu la chance d’être embauché en CDD en tant que Coordinateur des activités périscolaires au sein de l’association Synergie Family, avant de partir en Australie pendant 6 mois afin de travailler, voyager et découvrir de nouveaux horizons. J’ai été réembauché dans la même association à mon retour avant de passer mon Diplôme d’État Supérieur de la Jeunesse, de l’Éducation Populaire et du Sport (DESJEPS) au Collège Coopératif à Aix en Provence avec mention Animation socio-éducative et spécialité Direction de projet et de structure.

J’étais extrêmement jeune pour entrer dans cette formation donnant accès à la direction d’établissements socio-éducatifs et culturels, avec de hautes responsabilités salariales et éducatives. Je ne savais pas que je pouvais y prétendre avant de l’intégrer ! Ce diplôme m’a donné accès au poste que j’occupe actuellement : à 23 ans, je suis devenu directeur adjoint d’un établissement, avant de devenir directeur de La Maison Pour Tous de Les Caillols.

C’est quoi le cours que tu as préféré lors de ta formation? Que tu as moins aimé?

Pour intégrer des connaissances et compétences, j’ai toujours eu besoin de ramener les concepts au concret, à l’expérience de terrain. Dès que j’ai fait face à un concept purement abstrait, je me suis toujours demandé quoi faire de cette information, comment l’appliquer dans la vraie vie. J’étais d’ailleurs turbulent en formation, en demandant systématiquement aux enseignants comment appliquer ce qu’ils nous transmettaient.

J’ai énormément aimé la communication – un cours nous ayant appris à avoir un discours percutant, organiser ses idées et bien les présenter à l’oral. Ce sont des notions qui me servent au quotidien aujourd’hui. J’ai beaucoup moins aimé les cours théoriques, comme la comptabilité, par exemple.

C’est quoi ton métier aujourd’hui? Quelles compétences tu utilises?

Je suis aujourd’hui directeur de La Maison Pour Tous de Les Caillols. J’ai toujours eu le sens des responsabilités et l’envie de progresser, compétences que j’utilise au quotidien.

On peut évoluer au sein d’une organisation, non pas grâce à des diplômes, mais grâce à ses compétences et la confiance instaurée entre les parties. C’est comme ça que j’ai pu évoluer et monter les échelons si vite – et je ne pensais sincèrement pas avoir un tel parcours à la sortie du bac !

J’ai pris du temps pour me chercher moi-même, chercher le parcours qui me correspondait réellement. Il existe des diplômes très opérationnels – lors desquels on peut réaliser des stages, des alternances – mais qui sont malheureusement méconnus. C’est parce que j’étais immergé dans le monde du travail que j’ai pu rapidement faire le lien entre théorie et application pratique. Les formations que j’ai suivies m’ont justement apporté ces éléments pragmatiques, ce que j’ai particulièrement apprécié !

Quelle est ta dernière grande réussite au travail, quelque chose que tu as accompli et qui t’as rendu fier?

Ma prise de fonction en tant que directeur d’établissement à 24 ans alors que j’étais le plus jeune de l’équipe m’a rendu très fier. C’est une récompense que je ne dois qu’à moi-même – le fruit d’un travail acharné pour un an de mise à l’épreuve avant d’être titularisé.

Quel conseil donnerais-tu au toi de 18 ans qui s’inquiète devant Parcoursup?

À 18 ans, je n’étais pas forcément capable de l’entendre, mais une formation professionnelle dès la sortie du bac m’aurait plus correspondu. Je me conseillerais d’être plus curieux, de sortir des sentiers battus.

Je ne regrette en rien mon parcours, qui m’a beaucoup apporté. Mais avec le recul, je me souviens qu’au lycée j’avais une vague connaissance des filières professionnalisantes et je me disais que ce serait le choix que j’opérerai si je loupais tout le reste. Je pense que j’aurai pu être mieux orienté.

Le long de mon parcours, je me suis laissé guider par les profs, par mes parents, ce qui m’a amené à prendre des décisions qui n’étaient finalement pas les miennes – j’attendais la validation de l’adulte.

Aujourd’hui, je prends des décisions pour moi-même, par moi-même. Si je pouvais parler au moi de 18 ans qui s’inquiète devant Parcours Sup, je me dirais d’avoir plus confiance en moi sur les choix importants, d’être plus curieux sur les différentes formations existantes, et surtout, d’être plus proactif et aller à la rencontre de professionnels dans la vie active !

Si j’avais pu rencontrer des gens inspirants à ce moment-là – des gens ayant réussi leur vie, étant bien dans leurs baskets et dans leurs choix – je me serais peut-être trouvé plus tôt. Aujourd’hui, je ne me nourris que de ça : les rencontres inspirantes. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai voulu faire partie des Pépites Vertes, pour rencontrer des personnes au parcours et profil différents et inspirants.

Est-ce que tu as une ressource à partager sur la transition?

Ça n’est pas une ressource sur la transition écologique que j’aimerais partager, mais sur le développement personnel et le travail à faire sur soi, nécessaire dans le cadre d’une transition sociétale généralisée : le podcast Optimise ta vie de Gianni Bergandi.

Quand j’ai commencé à faire du coaching, j’ai voulu moi-même être coaché afin de m’accompagner à passer un cap – tant dans ma vie professionnelle que personnelle. Devenir manager, devenir papa… Tant de transitions dans ma vie et je ressentais le besoin de questionner les paradigmes et visions pour optimiser ma vie.

C’est une transition plus centrée sur soi que je propose ici, mais ça a été à ce moment-là que j’ai commencé à me poser des questions sur mon impact écologique également. C’est dans ce contexte que j’ai rencontré Claire, Fondatrice et Présidente des Pépites Vertes, notamment.

J’ai énormément évolué depuis le bac, et ces deux dernières années. Je suis convaincu qu’on n’en a jamais fini de se développer tout au long de sa vie pro comme perso. J’espère garder mes deux moteurs, étant l’envie de rendre mon entourage fier de ce que je fais, et de me sentir utile – les deux valeurs les plus saines et importantes dans mon évolution.

Envie de poser d’autres questions à Alexandre sur son parcours ? Ecrivez-lui ici !