Aimé Boscq

Aujourd’hui rencontrez Aimé Boscq : passionné de la transition énergétique, il a été “contaminé par le virus énergétique” pendant ses études, comme il aime à le dire. Engagé au sein du syndicat professionnel de l’énergie solaire Enerplan, son job est de lever les freins au développement de la filière en France. Son conseil pour la route ? “N’ayez pas peur, on peut bosser dans la transition sans mettre de côté la rémunération, sa carrière, sans être étiqueté comme un hippie altermondialiste”.

Retour sur les bancs du lycée, tu passes le bac… C’était quoi ton plan à ce moment-là ?

Zéro plan défini. J’ai été au lycée et passé mon bac à l’école française de Belgrade. Au moment de mon choix post-bac, je savais que j’aimais vaguement l’Europe de l’Est, la politique internationale et que j’étais curieux de découvrir plein de choses. Je cherchais un cursus généraliste où les débouchés étaient les plus larges possibles. Alors quand j’ai découvert la maquette pédagogique du campus de Dijon de Sciences Po Paris, j’ai eu un coup de foudre (tronc commun très généraliste et transversal avec des possibilités de spécialisations linguistiques et thématiques sur l’Europe de l’Est), j’ai candidaté via la procédure internationale et j’ai été pris.

Peux-tu nous raconter ton parcours d’études ? Etais-tu concerné par la transition pendant ta formation ?

J’ai très peu abordé ces questions pendant mes deux premières années de bachelor à Dijon. En étudiant la géopolitique en Europe de l’Est, on se concentre au contraire essentiellement sur les hydrocarbures, et cela reste assez marginal. Le virus énergétique m’est venu pendant ma 3e année, en Erasmus à Prague, où un cours sur la place de l’énergie dans les relations internationales m’a passionné au premier semestre et m’a poussé à en choisir plusieurs sur le thème de l’énergie.

En fin d’année le virus m’avait totalement contaminé, me poussant à candidater au master « International Energy » de l’école d’affaires internationales de Sciences Po. J’ai commencé à dévier du volet hydrocarbures et relations internationales pour glisser vers les EnR (ndlr énergies renouvelables) dans mon choix de cours au fil des semestres (malgré les possibilités limitées offertes par la maquette pédagogique en la matière).

J’ai fini par me donner corps et âme dans la transition via un premier stage de 6 mois chez Enerplan, le syndicat professionnel du solaire en France, où je me suis passionné pour ce secteur. J’ai fait un second stage de 6 mois au sein de la branche BtoC (ndlr Business to Consumer) d’Engie qui m’a beaucoup plu mais a confirmé mon appétence pour le solaire. Je suis donc revenu chez Enerplan le lendemain de la fin de mon stage chez Engie pour mon premier job.

Est-ce que tu as eu d’autres expériences à côté de tes études ?

Côté associations étudiantes, j’ai organisé des Collégiades à Dijon au sein du Bureau de l’asso organisatrice (1200 étudiants, cinq jours de compétitions artistiques et sportives bien arrosées d’alcool et de soleil).

En ce qui concerne mes stages, j’ai eu quatre expériences : 2 mois au Conseil Départemental de Côte d’Or, 2 mois à la Fédération Nationale des Conseils d’Architecture de l’Urbanisme et de l’Environnement, 6 mois au sein d’Enerplan, et 6 mois au sein d’Engie BtoC.

Côté loisirs, je suis aussi un grand sportif, je me suis engagé aussi bien dans des sports individuels (cyclisme) que collectifs (foot, rugby).

Comment as-tu trouvé ton job ?

J’avais effectué un stage de 6 mois dans la boîte que j’ai fini par rejoindre. J’avais trouvé ce stage en candidatant spontanément auprès d’un intervenant extérieur, directeur du développement d’un développeur solaire, qui m’a orienté vers Enerplan, syndicat de la filière. J’avais déjà trouvé un autre stage à la fin du premier lorsqu’il m’a été proposé de rester en CDI, j’ai donc refusé mais suis resté en contact rapproché avec mon boss et le reste de l’équipe par la suite, qui m’a indiqué qu’ils étaient prêts à attendre la fin de mon second stage pour que je les rejoigne, ce que j’ai fait.

On veut comprendre ce que tu fais ! Peux-tu nous décrire ta journée type de pépite ?

Mon boulot, c’est de représenter les boîtes qui composent la filière photovoltaïque en France et de lever les (très) nombreux freins au développement du solaire en France. Concrètement, pendant une journée type, sur la forme je vais jongler entre :

  • Les relations avec les décideurs (collectivités, administrations centrales, gouvernement, députés, etc) pour proposer des évolutions législatives et réglementaires permettant de faciliter le développement de projets solaires
  • Les relations avec les autres acteurs du système électrique (gestionnaires de réseaux, régulateur, autres syndicats, ADEME, ministère de la Transition Écologique, etc)
  • Réponse aux consultations publiques sur des points impactant la filière
  • L’animation de la filière (organisation d’événements et congrès, participation à des événements externes, animation de GT internes associant les adhérents d’Enerplan, diffusion des infos clés à la filière)

Sur le fond, les sujets sont hyper variés et changent en permanence.
Quelques exemples :

  • travail sur l’impact du photovoltaïque sur la biodiversité
  • intégration des EnR et du stockage au réseau
  • travaux sur les scenarii de mix électrique et énergétique pour les années / décennies qui viennent
  • réponse aux questions des adhérents sur des points techniques ou juridiques
  • travail avec les collectivités (régions et municipalités essentiellement) pour répondre à leurs questions sur le solaire et travailler avec eux à faciliter le développement de projets sur leur territoire
  • transposition en droit français d’éléments de droit européen
  • recharge solaire de véhicules électriques
Quels sont les éléments de ton parcours qui s’avèrent les plus utiles dans ton job actuel ?

Je dirais l’aisance pour présenter en public, l’esprit de synthèse et de vulgarisation, le fait de pouvoir jongler en permanence avec des sujets très différents, l’adaptation à une charge de travail assez lourde par moments mais aussi l’organisation d’événements et l’entretien du réseau.

Qu’est-ce que tu aimes le plus dans ton travail ? Au contraire, qu’est-ce que tu aimes moins, ou qui est plus difficile ?

Ce qui me plait : jongler avec plein de sujets et apprendre plein de choses en permanence, avoir un impact réel et visible sur la transition énergétique et son cadre réglementaire/législatif, construire un réseau très développé bénéfique à la suite de ma carrière, le bon esprit au sein de l’équipe et l’événementiel.

Les principales difficultés à gérer : gérer la charge de travail lourde sur plusieurs sujets à la fois, souvent tous urgents, ne pas être tout le temps écouté par les décideurs, la lourdeur et l’inertie dans l’administration française et l’éternel débat nucléaire.

Petit coup d’œil à la boule de cristal : où te vois-tu dans quelques années, au niveau boulot ?

Continuer dans le lobbying au service de la transition, au sein d’entreprises du secteur ou de cabinets de conseil. Le stockage et la mobilité m’intéressent beaucoup dans le monde énergétique.

Retour vers le futur ! Tu reviens te murmurer à l’oreille au lycée, qu’est-ce que tu te dis ?

Fais ce que tu veux faire, prends des notes en cours, ne te prends pas la tête, renseigne-toi, regarde les maquettes pédagogiques des programmes qui te plaisent, fais du sport.

Des conseils de lectures / écoutes / outils qui t’ont guidé vers ce premier job ?

Les divers scenarii de l’AIE (ndlr Agence Internationale de l’Énergie), des gestionnaires de réseaux, de l’Etat en matière de mix électrique et la presse (spécialisée sur les secteurs d’intérêt ou généraliste).

Un dernier conseil pour la route ?

N’ayez pas peur.

On peut bosser dans la transition sans mettre de côté la rémunération, sa carrière, sans être étiqueté comme un hippie altermondialiste. Le spectre de jobs dans le secteur est d’une variété folle et vous trouverez celui de vos rêves à coup sûr (d’autant que ça fait partie des rares secteurs qui embauchent même au milieu d’une giga crise).

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